Douleurs pelviennes : guide clinique pour le médecin généraliste (diagnostic, triage, orientation)

L’essentiel en un coup d’œil :

  • La douleur pelvienne est un symptôme transversal : aiguë ou chronique, elle peut relever de causes gynécologiques, urinaires, digestives, pariétales, neurologiques ou psychologiques, chez la femme comme chez l’homme.

  • Le triage est prioritaire : toute douleur brutale, fébrile, avec malaise, défense abdominale, saignement important ou troubles neurologiques impose une orientation urgente.

  • Interrogatoire et examen clinique structurés guident le diagnostic : mode d’apparition, caractère cyclique, signes associés, terrain, examen abdominal, gynécologique (si indiqué), urinaire, pariétal et rachidien.

  • Examens complémentaires gradués : β-HCG systématique chez la femme en âge de procréer, ECBU selon contexte, biologie ciblée, échographie pelvienne en première intention si orientation gynécologique.

  • En cas de douleur chronique (> 3–6 mois) : approche pluridisciplinaire précoce, suivi structuré, explications claires et prise en charge biopsychosociale sont essentiels.

Le saviez-vous ?

Motif fréquent de consultation en médecine générale, la douleur pelvienne recouvre un large panel de symptômes : douleur du bas-ventre, du bassin, pesanteur ou gêne sus-pubienne, douleur inguinale, périnéale, irradiant vers la région lombaire ou les cuisses…


Elle peut être aiguë ou chronique, cyclique ou non, associée à des troubles urinaires, digestifs, gynécologiques voire neurologiques.


Elle touche aussi bien les hommes que les femmes.

Si la douleur pelvienne peut être bénigne, elle peut aussi cacher une maladie bien plus grave. Le triage est donc déterminant.

 

La douleur pelvienne impose au médecin généraliste de savoir repérer rapidement une situation à risque, de choisir l’examen selon la logique graduée recommandée, de rassurer sans banaliser, d’orienter et structurer le suivi quand il l’exige.

 

Dans la pratique, il recueille l’histoire de la douleur, la replace dans son contexte, oriente les examens utiles et coordonne la prise en charge avec l’équipe pluridisciplinaire.

Et c’est ce que nous verrons ensemble ci-après.

Démarche initiale en consultation : triage et diagnostic différentiel

Étape 1 — Identifier immédiatement les « red flags »

Lors de la consultation initiale, l’objectif est de déterminer si le tableau clinique présente un risque immédiat ou s’il est compatible avec une prise en charge ambulatoire.

 

Tableau — Signes d’alerte et décisions rapides

 

Signe d’alerte

Causes possibles

Conduite immédiate

 

Douleur brutale et intense, parfois associée à un malaise ou un état de choc

GEU, torsion d’ovaire, appendicite, anévrisme aortique, occlusion

 

Avis urgent : gynécologique, chirurgie.

SAMU selon tableau

 

Fièvre avec douleur pelvienne et pertes purulentes

 

Infection pelvienne aiguë : maladie inflammatoire pelvienne (MIP), salpingite

 

Pyélonéphrite

 

Antibiothérapie urgente, avis gynécologique selon gravité

 

Saignements génitaux anormaux importants

GEU, fausse couche, pathologie endométriale ou cervicale

 

Urgences gynécologiques

Vomissements sévères, défense abdominale, douleur à la décompression

 

Appendicite, occlusion, perforation, complication gynécologique

Urgences chirurgicales

Rétention aiguë d’urine, déficit neurologique associé, troubles sphinctériens

 

Atteinte neurologique (queue de cheval, compression)

 

Orientation urologique ou neurologique urgente

 

 

Dans ces situations, l’examen clinique doit être ciblé. L’objectif n’est pas tant de poser un diagnostic que de sécuriser la prise en charge en orientant en fonction du tableau.

 

Étape 2 : Interrogatoire clinique ciblé (méthode MG)

En dehors d’une urgence évidente, l’interrogatoire doit être complet, ciblé et structuré pour déterminer le terrain, le contexte et établir le diagnostic différentiel :

 

  • Mode d’apparition : brutal ou progressif, facteurs déclenchants (rapport, effort, infection, retard de règles).
  • Caractère de la douleur : cyclique (liée aux menstruations) ou constant, post-coïtal, lié à la miction, au transit, aux mouvements.
  • Localisation et irradiation : sus-pubienne, fosse iliaque droite/gauche, inguinale, périnéale ; irradiation lombaire ou fémorale.
  • Intensité, durée, rythme : EVA, douleur continue ou par crises, horaires, aggravation, réponse aux antalgiques.
  • Signes associés : urinaires (dysurie, pollakiurie, hématurie), digestifs (ballonnements, constipation, diarrhée, rectorragies), gynécologiques (leucorrhées, métrorragies, dyspareunie).
  • Antécédents : chirurgie pelvienne, endométriose, MICI, lithiases, infections, traumatismes, troubles anxieux.
  • Données gynécologiques : date des dernières règles, régularité du cycle, contraception, projet de grossesse, ménopause.
  • Retentissement : sommeil, travail, moral, sexualité.

 

Étape 3 : Examen clinique

L’examen clinique permet d’orienter l’urgence, d’affiner le diagnostic différentiel et de limiter les examens inutiles.

 

Dans la pratique, il comprend :

 

  • L’inspection et la palpation abdominale : recherche de défense, de masse, de douleur localisée ou diffuse.
  • Un toucher vaginal (si indiqué et accepté) : douleur au cul-de-sac, mobilité utérine, nodules, masse annexielle.
  • L’examen urinaire dirigé : palpation hypogastrique, percussion des fosses lombaires, recherche d’une douleur à la palpation vésicale.
  • L’évaluation de la paroi abdominale et du rachis lombaire : manœuvre de Carnett pour différencier une douleur pariétale d’une douleur viscérale.
  • L’examen inguinal : hernie, tuméfaction, douleur à l’effort.
  • L’examen des lombaires et de la hanche : recherche de douleur projetée, signes neurologiques, limitation.

 

À retenir :

Le diagnostic pariétal reste sous-utilisé, il explique pourtant une partie non négligeable des douleurs pelviennes chroniques résistantes, sans particularité à l’imagerie.

 

 

Tableau — Orientation topographique (repérage rapide en MG)

 

Localisation prédominante

 

Hypothèses prioritaires

Signes clés

Sus-pubienne

Cystite, cystite interstitielle

Brûlures mictionnelles, pollakiurie, douleur post-mictionnelle

 

Fosse iliaque droite

Appendicite, torsion ovarienne, GEU

Migration de la douleur, défense, retard de règle, malaise

 

Fosse iliaque gauche

Diverticulite

Douleurs persistantes, fièvre, troubles du transit

 

Pelvienne profonde médiane

Endométriose, fibrome, MIP

Douleurs cycliques, dyspareunie, leucorrhées, métrorragies

 

Inguinale

Hernie inguinale

Tuméfaction, douleur à l’effort, impulsion à la toux

 

Périnéale avec irradiation vers la cuisse

 

Névralgie pudendale, douleur pariétale

Déclenchée en position assise, liée à la posture, Carnett +

Causes fréquentes (probables / graves / fonctionnelles)

L’approche la plus utile en consultation consiste à distinguer :

  • les causes probables,
  • les moins probables mais graves
  • les éléments qui relèvent d’une douleur persistante multifactorielle.

 

Cette approche permet aussi d’expliquer la stratégie graduée au patient (pertinence des examens, surveillance, réévaluation).

 

Tableau — Causes par grands blocs : probables, graves à éliminer, conduite MG

 

Sphère

Causes probables

Causes graves à éliminer

 

Conduite en soins primaires

 

Gynécologique

Dysménorrhée primaire ou secondaire, endométriose, kyste ovarien fonctionnel, fibrome

 

GEU, fausse couche compliquée, torsion d’ovaire, MIP sévère

 

β-HCG pour les femmes en âge de procréer, examen/TV si indiqué et accepté, écho pelvienne ; avis urgent si red flags

 

Urinaire

Cystites, lithiase non compliquée, vessie douloureuse avec ECBU négatif

Pyélonéphrite surtout si compliquée, sepsis urinaire, obstruction (colique néphrétique fébrile), rétention urinaire aiguë

 

ECBU, bandelette selon contexte, écho rénale si lithiase ; ATB si indiqué

Digestif

SII, constipation, gastro-entérite, diverticulose, MICI non compliquée

Appendicite, diverticulite compliquée,  occlusion, MICI sévère (Crohn, RCH)

 

Clinique + red flags digestifs, biologie si doute ; imagerie si signes d’alarme

 

Musculosquelettique / pariétale

Douleur pariétale (Carnett +), hypertonie du plancher pelvien, lombalgie projetée

 

Hernie étranglée (rare)

Carnett, examen pariétal et inguinal ; kiné, mesures locales

Neurologique

Sciatique, névralgie pudendale, compression

Syndrome de la queue de cheval

Recherche de déficit : paresthésie ou sphincters ; avis urgent si signes neurologiques sévères

 

Masculin spécifique

Prostatite aiguë ou chronique, infection génitale (urétrite, IST), hernie inguinale

Torsion des testicules

Examen génital si douleur aiguë ; urgence si torsion suspectée ; ECBU/ATB selon contexte

 

Psychologique / mixte

Douleur chronique multifactorielle (approche biopsychosociale)

troubles anxieux, somatisation

 

Explications, suivi structuré, approche pluridisciplinaire (kiné/psy/centre douleur)

 

Examens complémentaires selon la logique MG

En première intention, un nombre limité d’examens suffit souvent.

La question essentielle à se poser est : quel examen est pertinent ici et maintenant ?

 

Tableau — Examens complémentaires selon la situation (1re et 2e intention)

 

Situation

Première intention

Seconde intention ou avis

 

Douleur pelvienne, même sans saignement, chez une femme en âge de procréer

 

β-HCG urinaire ou sanguin pour éliminer une GEU ; examen clinique

 

Échographie urgente

 

Avis gynécologique si suspicion de GEU

Suspicion gynécologique (douleurs cycliques, dyspareunie, masse)

Échographie pelvienne (référence) — hors urgence vitale (GEU, hémorragie)

 

IRM pelvienne si endométriose suspectée ou écho évocatrice

 

Avis gynécologue 

 

Bilan hormonal selon contexte (SOPK, ménopause)

 

Symptômes urinaires (brûlures, pollakiurie, hématurie)

 

ECBU (± BU) ; examen clinique

Écho rénale si suspicion de lithiase

 

Écho rénale/ avis urologue si suspicion de lithiase

 

Cystoscopie si chronique

Signes infectieux ou inflammatoires

NFS, CRP (± hémocultures selon gravité)

 

Scanner ou IRM selon orientation et gravité

Suspicion digestive (signes d’alarme)

Clinique + biologie ciblée

Scanner abdomino-pelvien (urgences digestives, douleurs atypiques persistantes)

 

Coloscopie ou gastroscopie si pathologies digestives chroniques avec signes d’alarme (rectorragies, amaigrissement)

 

Douleur pariétale suspectée

Examen ciblé ; Carnett

Test de confirmation d’une douleur pariétale (reproduction à la palpation ciblée, Carnett)

 

Éviter l’imagerie si la clinique est typique

 

 

En cas de suspicion de GEU ou d’hémorragie importante, la priorité est l’avis spécialisé et l’imagerie rapide.

Orientation selon le diagnostic

Quand adresser au gynécologue ?

  • Suspicion d’endométriose non confirmée ou complexe
  • Kyste ovarien persistant ou atypique
  • Anomalie échographique inexpliquée
  • Douleurs pelviennes chroniques résistantes aux premières lignes
  • Fibrome utérin symptomatique

 

Quand adresser à l’urologue ?

  • Lithiase non résolutive ou compliquée
  • Cystite interstitielle suspectée
  • Symptômes urinaires chroniques sans cause identifiée

 

Quand adresser à un gastroentérologue ?

  • Suspicion de MICI
  • Douleur abdominale chronique avec signes d’alarme digestifs (rectorragie, amaigrissement, fièvre prolongée)
  • Anomalie au scanner ou IRM digestive

 

Approche pluridisciplinaire

Au-delà de trois à six mois, la douleur pelvienne est considérée comme chronique, continue ou récurrente.

Elle peut alors impacter la qualité de vie, le couple, le moral, le sommeil, le travail.


À ce stade, le plan de soins doit être réaliste, multidimensionnel et réévaluable.

La coordination pluridisciplinaire permet de replacer la douleur dans une approche globale : kinésithérapie périnéale, psychologue, psychiatre, centre antidouleur.

 

Tableau — Intervenants du parcours

 

Symptôme dominant

 

Spécialiste conseillé

Rôle

Douleurs cycliques, dyspareunies

Gynécologue spécialisé

Bilan approfondi, imagerie, traitement de l’endométriose

 

Troubles urinaires

Urologue

Cystites chroniques, douleur vésicale

 

Douleurs digestives

Gastroentérologue

SII, MICI, examen approfondi

 

Douleur chronique

Kinésithérapeute périnéal / psychologue

Approche fonctionnelle et biopsychosociale

 

Conduite à tenir du MG en cas de douleurs pelviennes chroniques

La prise en charge est axée sur :

 

  • L’évaluation multidimensionnelle : intensité, contexte, retentissement psychologique et social.
  • Les explications claires sur la notion de douleur chronique et l’intérêt d’une prise en charge graduée.
  • Un plan de suivi structuré avec consultations programmées.
  • Un traitement antalgique gradué : palier 1 en première intention ; palier 2 avec prudence, pour les situations exceptionnelles, sous surveillance spécialisée et sur des courtes durées, conformément aux recommandations.
  • Une orientation précoce vers les ressources disponibles : centre antidouleur, kinésithérapie périnéale, prise en charge psychologique.

 

Points clés :

 

·      Toute douleur pelvienne chez une femme en âge de procréer ® β-HCG systématique.

·      Le triage prime : identifier les red flags et orienter en urgence dès que nécessaire.

·      Une imagerie normale n’exclut pas une douleur réelle, notamment pariétale ou fonctionnelle.

·      Les douleurs pelviennes chroniques nécessitent une coordination pluridisciplinaire précoce.

·      Expliquer la logique des examens réduit l’anxiété et les demandes d’IRM injustifiées.

 

FAQ

Quels examens en 1re intention pour une douleur pelvienne ?

Examen clinique complet, ECBU selon contexte urinaire, β-HCG chez la femme en âge de procréer, échographie pelvienne si orientation gynécologique, NFS/CRP si suspicion infectieuse.

 

À quel moment suspecter une endométriose ?

Lors de douleurs pelviennes cycliques invalidantes, résistantes aux antalgiques et associées à des dyspareunies ou des troubles digestifs.

 

Quels symptômes digestifs orientent vers une MICI ?

Douleurs abdominales persistantes avec diarrhée chronique, rectorragies, amaigrissement ou fièvre prolongée.

 

Comment différencier douleur pariétale et douleur viscérale ?

Une douleur pariétale augmente à la contraction de la paroi (signe de Carnett positif),

contrairement à une douleur viscérale.

 

Quand parler de douleur pelvienne chronique ?

Lorsque la douleur persiste depuis plus de trois à six mois, de façon continue ou récurrente.

Pour conclure...

Derrière une douleur pelvienne, il n’y a pas toujours une seule cause ni une réponse immédiate.

 

En médecine générale, l’essentiel est d’écouter la plainte, de sécuriser les situations à risque et d’avancer pas à pas, avec des examens ciblés et un suivi adapté.


Lorsque la douleur persiste, expliquer, accompagner et construire une prise en charge dans le temps permet souvent de redonner au patient des repères, de la compréhension et une meilleure qualité de vie.

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