Obésité de l’enfant et de l’adolescent en médecine générale : la méthode en cabinet

L’essentiel en un coup d’œil :

  • L’obésité pédiatrique est une maladie chronique, multifactorielle, aux conséquences précoces (métaboliques, respiratoires, orthopédiques, psychosociales) : l’objectif n’est pas la perte de poids rapide mais l’amélioration de la trajectoire et de la qualité de vie.

  • Le rôle du médecin généraliste est central : repérage précoce, lecture dynamique de la courbe IMC (trajectoire, rebond d’adiposité), alliance non stigmatisante avec l’enfant et la famille.

  • Une consultation efficace repose sur l’essentiel (80/20) : trajectoire pondérale, alimentation, activité/sédentarité, sommeil, contexte familial et psychosocial.

  • La prise en charge doit être progressive et réaliste : 2 actions maximum à la fois, négociées, centrées sur boissons sucrées, écrans/sommeil et activité physique plaisir.

  • Le suivi structuré sur plusieurs mois est clé : réévaluations régulières, adaptation du plan, dépistage ciblé des comorbidités et orientation spécialisée en cas de red flags ou d’échec.

Le saviez-vous ?

En médecine générale, l’obésité de l’enfant et de l’adolescent est rarement le motif de prise de rendezvous.

 

Elle apparaît souvent en arrièreplan : une courbe de corpulence qui grimpe trop vite, un enfant essoufflé pour des efforts modestes, plus fatigué, qui se met en retrait des activités physiques ou scolaires.

 

Dans les faits, ces signes discrets pèsent souvent plus lourd que le chiffre sur la balance ou l’IMC, pour les parents comme pour le médecin. 

 

L’obésité pédiatrique est une maladie chronique, multifactorielle, qui retentit tôt sur les plans métaboliques, respiratoires, orthopédiques, psychologiques et sociaux et influence durablement la santé à l’âge adulte.  

 

Les recommandations récentes de la HAS insistent sur ce point : en médecine générale, l’enjeu principal n’est pas de maigrir vite, mais de modifier la trajectoire pondérale, d’améliorer la fonction et la qualité de vie, de manière progressive, réaliste et non stigmatisante. 

 

Cet article propose une méthode « cabinet », adaptée au rythme du généraliste : comment ouvrir le sujet en 10 minutes, lire une courbe de corpulence de façon utile, choisir un bilan pertinent et organiser un suivi structuré sur plusieurs mois, sans braquer ni décourager. 

 

Pourquoi la médecine générale est décisive ? 

 

En France, environ 4 % des 6-17 ans sont en situation d’obésité et près de 17 % en surpoids, avec des inégalités sociales marquées. Le médecin généraliste est souvent le premier à repérer ces situations et à agir.     

Consultation de MG utile : 10 minutes pour engager sans braquer

La façon d’aborder le sujet conditionne la suite de la prise en charge. 
Parler de croissance et de santé, plutôt que de poids ou d’esthétique, permet d’installer un cadre respectueux et non jugeant. 

 

Quelques accroches simples : 

 

  • « Est-ce que ça vous va si on regarde ensemble la courbe de croissance et de corpulence ? » 
  • « On va surtout parler de santé, de souffle, de sommeil, pas de silhouette. » 
  • « L’objectif n’est pas un régime, mais d’améliorer la trajectoire et le quotidien. » 

 

Dès cette première phrase, le message est clair : alliance, nonjugement, respect, objectifs réalistes. 

5 informations à obtenir

Les cinq principales dimensions à explorer sont :   

 

  • La trajectoire : depuis quand la courbe s’élève ? y atil une ascension récente ? un rebond d’adiposité précoce ? une rupture après un événement de vie ou un traitement ? 
  • L’alimentation : boissons sucrées, grignotage, organisation des repas (lieu, rythme, avec qui), prise alimentaire devant les écrans ? 
  • L’activité et la sédentarité : temps assis, temps d’écran, trajets domicileécole, pratique d’un sport ou d’une activité physique plaisir. 
  • Le sommeil : horaires, durée, qualité, ronflements, pauses respiratoires observées, somnolence diurne. 
  • Le contexte familial et psychosocial : précarité, garde alternée, horaires atypiques, stress parental, harcèlement scolaire, isolement. 

Les mesures fiables 

Un diagnostic pédiatrique solide commence par des mesures fiablesreproductibles, réalisées dans les règles. 

 

Minichecklist cabinet :   

 

  • Poids et taille mesurés correctement, sans chaussures. 
  • Matériel vérifié et étalonné régulièrement. 
  • Mêmes conditions de mesure d’une consultation à l’autre. 
  • IMC systématiquement reporté sur la courbe adaptée à l’âge et au sexe. 

 

En cas de courbe « bruitée » ou incohérente, reprendre la mesure avant de conclure sur la trajectoire.  

Lire la courbe de corpulence : le vrai diagnostic pédiatrique

Ce qu’on regarde vraiment  

Chez l’enfant et l’adolescent, le diagnostic de surpoids ou d’obésité ne se résume pas à un chiffre isolé, mais repose sur l’analyse de la dynamique de la courbe.  

 

En pratique, le médecin analyse :   

 

  • le couloir de la courbe de corpulence et sa stabilité 
  • l’ascension de couloirs 
  • le rebond d’adiposité, surtout s’il est précoce 
  • les ruptures rapides de trajectoire. 

 

Seuils surpoids/obésité : clarifier brièvement 

Les seuils de surpoids et d’obésité s’appuient sur des courbes IMC spécifiques à l’âge et au sexe, basées sur des standards internationaux (IOTF) ou nationaux. 

Ces seuils évoluent avec la croissance.  

 

Message clé à transmettre à la famille : ce n’est pas le chiffre du jour qui guide l’action, mais l’évolution dans le temps. 

 

Tableau 1 : « lecture express » pour la consultation   

Ce tableau propose une lecture rapide, directement applicable en cabinet. 

 

Ce que vous voyez sur la courbe IMC 

Ce que ça suggère  

Ce que vous faites tout de suite (cabinet) 

 

Ascension de couloir IMC  

Trajectoire défavorable, risque d’aggravation 

Annoncer clairement le problème. 

Choisir 2 actions max + fixer RDV (4-8 semaines). 

 

Rebond d’adiposité précoce 

Risque de persistance de l’obésité 

Intervention précoce + suivi plus rapproché. 

Implication de la famille. 

 

Couloir haut mais stable, sans rupture 

Risque variable selon contexte et comorbidités 

Objectifs santé/fonction + renforcer les habitudes + dépistage ciblé selon facteurs de risque. 

 

Rupture avec prise de poids rapide 

Déclencheur possible / contexte à explorer  

Vérifier contexte (évènements, médicaments, sommeil) + rechercher les red flags. 

 

Obésité sévère et/ou retentissement important (souffle, douleurs, psychosocial) 

 

Complexité élevée, risque de comorbidités 

Activer réseau/équipe (diététique/APA/psy) et discuter de l’orientation en structure dédiée. 

 

Évaluer risques et comorbidités : quand déclencher un bilan ?

Facteurs de risque à repérer rapidement   

Dès les premières consultations, certains facteurs orientent l’intensité de la prise en charge :  

 

  • Antécédents familiaux. 
  • Prise de poids rapide. 
  • Consommation massive de boissons sucrées, grignotage, sédentarité prolongée, temps d’écran excessif. 
  • Sommeil insuffisant ou décalé. 
  • Facteurs psychosociaux. 

 

Comorbidités prioritaires en médecine générale   

Le MG explore en priorité :   

 

  • Tension artérielle : mesure avec brassard adapté, lecture en percentiles. 
  • Respiration et sommeil : recherche de ronflements, pauses respiratoires, sommeil non réparateur, somnolence diurne, irritabilité. 
  • Signes métaboliques : acanthosis nigricans, fatigue, intolérance à l’effort, antécédents familiaux de diabète ou de NAFLD. 
  • Douleurs et fonction : gonalgies, lombalgies, limitation à l’effort, difficultés dans les activités quotidiennes, absentéisme scolaire. 
  • Retentissement psychologique et scolaire : baisse de l’estime de soi, isolement, perte d’intérêt, anxiété, idées dépressives. 

 

HTA (repère simple, sans tableau lourd) 

  • Repère : TA ≥ 95e percentile (selon âge/sexe/taille)  
  • Recontrôler, confirmer, traiter ou avis spécialisé selon le contexte, si l’hypertension est confirmée. 

 

Diabète de type 2 (quand dépister ?) :   

  • Dépistage à envisager à partir de 10 ans (ou début de la puberté) si facteurs de risque. 
  • Tests possibles : glycémie à jeun et/ou HbA1c, avec réévaluation tous les 2-3 ans si risque persistant. 

 

Bilan biologique : ciblé, pas automatique (antipanique, anti-pan-bilan) 

L’HAS recommande : 

 

  • Un bilan initial (glycémie à jeun, HbA1c, bilan lipidique, transaminases) en cas d’obésité marquée ou sévère, d’antécédents familiaux forts, de signes cliniques de syndrome métabolique. 
  • Un suivi comportemental structuré en cas de surpoids isolé sans facteur de risque ® le bilan ciblé est discuté, dans un second temps, en fonction de l’évolution, l’âge, la sévérité et le profil clinique. 

 

Red flags : avis spécialisé sans tarder   

Certains signes imposent un avis spécialisé et un bilan étiologique plus approfondi : 

 

  • Cassure ou ralentissement net de la courbe staturale (suspecter une cause endocrinienne ou organique). 
  • Obésité très précoce avec hyperphagie majeure ou compulsion alimentaire marquée. 
  • Dysmorphie, retard global du développement, suspicion de syndrome génétique. 
  • Signes endocriniens évocateurs (syndrome de Cushing, hypothyroïdie clinique). 
  • Comorbidités sévères précoces (HTA marquée, SAOS sévère, atteinte hépatique importante). 
  • Prise de poids très rapide + symptômes respiratoires/dysautonomie (syndrome rare possible — ROHHAD). 

 

Dans ces situations, mieux vaut documenter avec précision et orienter, plutôt que multiplier des examens inutiles. 

Plan d’action familial : 3 leviers modulables et réalistes

Objectifs selon l’âge : antifausse promesse   

Chez l’enfant et le préadolescent, l’objectif premier reste de stabiliser ou ralentir l’ascension de la trajectoire, rarement la perte de poids immédiate. 

 

Chez l’adolescent en fin de croissance, une perte pondérale modérée et progressive peut être envisagée, mais toujours axée sur la santé, la fonction ou la prévention des troubles du comportement alimentaire. 

 

Trois leviers qui changent tout (à adapter au contexte) 

En pratique, trois leviers suffisent déjà à obtenir des bénéfices : boissons sucrées, écrans/sommeil, activité physique. 

 

Levier 

Actions concrètes 

 

Boissons sucrées et liquides caloriques 

Inventaire des apports liquides. 

Réduction progressive : substituer par de l’eau, en commençant par les repas. 

 

Écrans et sommeil 

Évaluer le temps d’écran quotidien et les routines. 

Couper les écrans 1 heure avant le coucher, imposer des limites quotidiennes et des temps sans écran. 

Viser un sommeil adapté à l’âge, avec des horaires réguliers. 

 

Sédentarité, mouvement, activité physique 

Encourager à « bouger plus, à rester moins assis ». 

Proposer un sport plaisir adapté, progressif et valorisant. 

 

 

Règle d’or : 2 actions maximum à la fois, négociées avec la famille et l’enfant, écrites et suivies. 

 

Mini-encadré « prioriser selon la situation » 

  • Enfant apnéique, ronfleur ou somnolent ® sommeil/SAOS + routines. 
  • Inactivité majeure ® activité progressive. 
  • Boissons sucrées massives ® réduction des boissons (levier rapide). 

 

Implication parentale : ce qui marche en vrai 

  • Changer l’environnement (courses, organisation des repas, routines familiales). 
  • 1 règle commune simple vaut mieux que 10 consignes individuelles. 
  • Anticiper les obstacles pour améliorer l’adhésion : contraintes horaires, budget limité, garde alternée. 

Suivi structuré sur 6 mois : proposition pour cabinet pressé

Tableau 2 : calendrier de suivi simple, adapté au temps du cabinet :   

 

Quand  

But  

A vérifier (rapide)  

Ajustement (1 décision) 

 

S0 

Expliquer la situation + cadrer + lancer 

Courbe IMC fiable + 5 infos 80/20 + 1 objectif santé 

 

2 actions max + plan d’action + RDV 4-8 semaines. 

 

S6 

Lever les obstacles 

Courbe IMC + ressenti 

Qu’est-ce qui a fonctionné ?  

Qu’est-ce qui bloque ? 

 

Simplifier (1 action), prioriser 1 autre levier, lever 1 obstacle. 

M3 

Consolider ou intensifier si besoin 

Trajectoire + habitudes + retentissement 

Activer diététique/APA/psychologue si trajectoire défavorable ou freins familiaux. 

 

M6 

Maintenir ou relayer 

Trajectoire + progrès santé/fonction 

Si amélioration : plan maintien + anti-rechute. 

 

Si stagnation ou aggravation : revoir projet, orientation vers structure dédiée.  

 

 

L’évolution ne se limite pas à l’IMC : l’amélioration de la tolérance à l’effort, de la qualité du sommeil, des douleurs, du bienêtre et de la participation sociale comptent autant. 

 

Important : ce calendrier est une option  

Ce cadre n’est pas figé. Il reste adaptable au contexte : 

  • Suivi plus espacé si le risque est faible ou s’il n’y a pas de signes d’alerte. 
  • Suivi plus rapproché avec relais si la courbe s’aggrave (rebond précoce, ascension rapide, comorbidités). 

 

« Ça progresse » même si la balance bouge peu 

L’amélioration peut porter sur : 

 

  • La trajectoire : stabilisation ou ralentissement de l’ascension sur la courbe. 
  • Les habitudes : boissons, écrans, sommeil, activités améliorées. 
  • La fonction : souffle, douleurs, énergie, participation scolaire améliorés. 

 

Phrase clé si « pas d’amélioration » 

« Si la trajectoire ne s’améliore pas malgré un plan réaliste bien conduit ® on intensifie et/ou on relaye vers une structure adaptée. » 

Adolescence : alliance, image corporelle, TCA, harcèlement et transition vers l’âge adulte

L’adolescence est une période critique : la prévalence de l’obésité augmente, les inégalités sociales se creusent, les troubles des conduites alimentaires ou de l’image corporelle sont plus fréquents. 

 

Autonomie : une bonne pratique en consultation ado 

En pratique en MG :   

 

  • Prévoir un temps d’échange seul avec l’adolescent pour installer la relation de confiance. 
  • Explorer la motivation personnelle, le harcèlement, les TCA et l’humeur. 
  • Inclure un échange avec les parents pour consolider l’alliance thérapeutique. 

 

Dépister sans stigmatiser : TCA et santé mentale 

  • Signaux à repérer : restriction alimentaire excessive, compulsion, hyperphagie avec vomissements provoqués, évitement du sport par honte, anxiété, dépression, isolement.  
  • Si doute : relais précoce vers un psychologue ou une équipe spécialisée, en préservant l’alliance. 

 

Image corporelle : objectif fonction et qualité de vie 

  • Valoriser les progrès concrets (habitude, énergie, confiance) plutôt que les kilos perdus. 
  • Proposer des objectifs atteignables et visibles. 

Orientation et parcours : qui activer, quand, et comment le présenter aux parents

Mission retrouve ton cap : quand y penser (et comment le dire) 

  • Enfants de 3 à 12 ans en surpoids ou obésité débutante, avec freins familiaux risque. 
  • Accompagnement pluridisciplinaire structuré (habitudes, activités, soutien). 
  • Pitch parent (1 phrase) : « on vous aide concrètement étape par étape, pour améliorer les habitudes et la trajectoire ». 

 

Tableau 3 : critères d’orientation 

 

Situation en cabinet 

Vers qui orienter ? 

Objectif de l’orientation 

Information à transmettre 

 

Enfant 3 à 12 ans, surpoids/obésité débutante, freins familiaux 

MRTC 

Renforcer l’ETP, structurer l’accompagnement, soutenir la famille 

Courbes taille/poids/IMC, facteurs de risque, contexte social, actions déjà tentées. 

 

Obésité sévère, retentissement majeur (SAOS, douleurs, limitation fonctionnelle) 

 

Pédiatrie spécialisée, centre obésité pédiatrique 

Évaluation spécialisée, bilan ciblé, parcours intensif 

Courbes complètes, bilan clinique, examens réalisés, éléments psychosociaux. 

Suspicion de causes endocriniennes ou syndromique, cassure staturale 

Endocrinologue pédiatrique, centre spécialisé 

Diagnostic étiologique, prise en charge spécifique 

Courbes poids/taille/IMC, description clinique, antécédents familiaux. 

 

Échecs des PEC ambulatoires, comorbidités multiples ou psychologiques majeures 

 

SSR obésité pédiatrique 

Programme intensif, pluridisciplinaire  

Synthèse des actions menées, retentissement. 

 

Erreurs fréquentes + quick wins + CTA DPC 

Erreurs fréquentes : 

Trop d’objectifs, moralisation, focus exclusif sur la balance, culpabilisation de l’enfant, oubli d’interroger le sommeil, les écrans ou les facteurs psy. 

 

Quick wins :  

Pour éviter la lassitude et l’échec, la règle proposée est : 

  • 2 actions concrètes max à la fois, choisies avec la famille et l’enfant. 
  • Plan écrit avec objectifs santé/fonction. 
  • Intensification si échec. 
  • Alliance familiale. 

 

Exemples :   

  • « À la maison, on garde l’eau à table, les boissons sucrées restent pour les occasions. » 
  • « On coupe les écrans 1 heure avant de dormir, tous les soirs de semaine. » 
  • « On marche 10 à 15 minutes en famille trois soirs par semaine. » 

 

Penser à la transition 

  • Préparer la transition vers les structures adultes dès le début de l’adolescence.
  • Sensibiliser le jeune à la chronicité de la maladie pour l’aider à devenir acteur de son parcours.

     

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