L’essentiel en un coup d’œil :
Prévalence élevée et impact méconnu : La douleur articulaire concerne 1 Français sur 2, et 1 consultation sur 3 en médecine générale. Pourtant, elle est souvent banalisée.
Diagnostic basé sur un examen clinique rigoureux : Interrogatoire, inspection, palpation et tests spécifiques permettent de différencier douleurs mécaniques (arthrose) et inflammatoires (polyarthrite, spondylarthrite…).
Examens complémentaires adaptés : Biologie (CRP, VS, FR, anti-CCP, HLA-B27), ponction articulaire, radiographie, échographie, IRM… à sélectionner selon le contexte clinique.
Red flags à ne pas négliger : Suspicion d’arthrite septique, douleur persistante avec altération de l’état général, signes neurologiques associés : ces situations nécessitent une prise en charge urgente.
Prise en charge ciblée selon la pathologie : Traitement de première ligne et examens varient selon le diagnostic (arthrose, goutte, PR, arthrite septique…), avec recours aux AINS, colchicine, corticothérapie ou ARMM selon les cas.
Le saviez-vous ?
La douleur articulaire touche un Français sur deux, dont 1/3 de jeunes âgés de 18 à 24 ans.
Cette douleur peut être mécanique ou inflammatoire, monoarticulaire ou polyarticulaire, aiguë ou chronique, et peut avoir diverses origines qu’il faudra rechercher : traumatiques, infectieuses, inflammatoires, tumorales ou encore auto-immunes.
L’arthrite, qui regroupe plus d’une centaine d’affections, des moins sévères comme la tendinite, aux plus invalidantes telle l’arthrite rhumatoïde, est la cause la plus fréquente des douleurs articulaires inflammatoires.
En France, plus de 9 personnes sur 10 ont souffert de douleurs articulaires à un moment donné de leur vie, dont 80%, à plusieurs reprises.
C’est dire l’impact considérable qu’elles peuvent avoir sur le quotidien.
C’est aussi la raison pour laquelle un tiers de vos consultations est consacré à ce problème de santé que les Français minimisent ou n’associent pas forcément à une maladie guérissable, considérant que « c’est normal d’avoir mal, surtout quand on vieillit ».
Face à ce constat et à ces chiffres alarmants, il est impératif d’agir.
Or, savoir détecter et diagnostiquer l’affection articulaire avec précision n’est pas simple.
Pourtant, ce n’est qu’à cette condition qu’elle pourra être traitée correctement, et prévenue efficacement.
Alors, de quels examens complémentaires disposez-vous, et comment les choisir pour agir rapidement, et éviter les complications ou la chronicisation ?
C’est ce que nous verrons ci-après.
Examen clinique : La première étape du diagnostic
En principe, l’interrogatoire et l’examen clinique que vous réalisez vous donnent déjà des hypothèses diagnostiques. Cette première étape est fondamentale et ne doit pas être négligée.
L’interrogatoire du patient :
Il doit être complet, et comprend au minimum :
- L’histoire de la maladie : ancienneté, mode d’apparition et d’évolution, symptômes locaux, extra-articulaires et généraux, ce qui la soulage, ce qui aggrave les symptômes …
- Le type de douleur : inflammatoire vs mécanique.
- Les traitements passés et actuels.
- Les facteurs déclenchants, antécédents médicaux, chirurgicaux et familiaux …
- Les facteurs de risque: mode de vie, activités ou sédentarité, sport de haut niveau, vie familiale et socio-professionnelle, vie sexuelle, état émotionnel, alimentation, âge, poids (obésité ?), ménopause …
L’examen physique :
Il doit être minutieux. Il permet de confirmer ou préciser le type de douleur. Il comprend :
- L’inspection des articulations : rougeur, gonflement, déformation.
- La palpation des points douloureux : chaleur, douleur, crépitements articulaires.
- L’amplitude articulaire : évaluation de la mobilité active et passive.
- Les tests spécifiques tels que les manœuvres de mise en évidence d’une atteinte ligamentaire ou méniscale, par exemple.
Différencier douleur mécanique et inflammatoire : critères diagnostiques
Douleur mécanique :
On la retrouve dans des affections telles que l’arthrose, la chondrocalcinose, ou le surmenage.
Elle est augmentée par l’activité et soulagée par le repos.
Elle n’entraîne pas de réveils nocturnes.
La raideur matinale est brève (< 30 min).
Et, il n’y a pas de signes inflammatoires locaux.
Douleur inflammatoire :
On la retrouve dans des pathologies comme la polyarthrite, la goutte, la spondylarthrite ou l’arthrite septique.
Elle est présente au repos, et aggravée la nuit.
La raideur matinale est prolongée (> 30 min).
On observe un gonflement articulaire et une chaleur locale.
On peut éventuellement retrouver des signes systémiques comme une fièvre ou une asthénie.
En cas de doute sur le diagnostic, vous pouvez recourir aux examens complémentaires conformément aux recommandations actuelles.
Examens biologiques : Identifier les marqueurs de la maladie
Les analyses biologiques peuvent permettre d’identifier ou de vous orienter vers l’affection ou la cause sous-jacente de cette douleur articulaire.
Elles sont surtout intéressantes en cas de suspicion de maladies auto-immunes, inflammatoires ou infectieuses.
Marqueurs de l’inflammation :
Les principaux marqueurs sanguins sont la CRP (Protéine C-Réactive), la VS (Vitesse de Sédimentation) et le Fibrinogène.
Marqueurs sanguins : | Valeurs normales : | Interprétation clinique : |
CRP | < 6 mg/l | Elle est augmentée en cas d’infection, d’inflammation aiguë ou de cancer.
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VS | < 20 mm/h (femme < 50 ans) <15 mm/h (homme < 50 ans) < 30 mm/h (femme > 50 ans) < 20 mm/h (homme > 50 ans
Elle varie en fonction du sexe et de l’âge.
| Elle est intéressante dans le dépistage et le suivi des processus inflammatoires et infectieux. |
Fibrinogène | 2 à 4 g/l | Il est augmenté en cas d’inflammation aiguë et sévère (infection, polyarthrite rhumatoïde…).
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En revanche, si la CRP et la VS renseignent sur le caractère inflammatoire d’une affection, elles ne suffisent pas pour poser un diagnostic avec certitude, de trop nombreuses maladies étant susceptibles d’influer sur leurs valeurs.
Marqueurs auto-immuns :
Marqueurs sanguins : | Valeurs normales : | Indication : |
Facteur rhumatoïde (FR) | < 14 ui/ml | Suspicion de polyarthrite rhumatoïde
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Anticorps anti-Peptides Cycliques Citrullinés (anti-CPP) | < 10 ui/ml | Spécifique de la polyarthrite rhumatoïde |
HLA-B27 | Absent | Associé à la spondylarthrite ankylosante (augmente le risque mais ne confirme pas le diagnostic).
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ANA (anticorps anti-nucléaires) | Négatif
| Présent dans les cas de :
Lupus érythémateux systémique (LES), Polyarthrite rhumatoïde, Sclérodermie systémique, Syndrome de Sjögren.
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Anti-DSDNA (ADN anti-double brin) | Absence d’anticorps | Indiqué en cas de suspicion de lupus érythémateux systémique (LES). |
Examens spécifiques :
Marqueurs sanguins : | Valeurs normales : | Hypothèses diagnostiques : |
Acide urique | Hommes : 180-420 µmol/l Femmes : 240-360 µmol/l Enfants : 150-240 µmol/l
NB : le taux d’acide urique est corrélé au poids quand l’adulte pèse > 80 kg. | Si élevé : Goutte, Acidocétose diabétique, Déshydratation … |
Hémocultures | Stériles | Si positives et associées à de la fièvre = arthrite septique.
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Ponction articulaire : Quand et pourquoi la réaliser ?
La ponction articulaire, également connue sous le nom d’arthrocentèse, est utilisée dans le diagnostic de certaines maladies articulaires telles que l’infection (présence de bactéries) ou l’arthrite microcristalline (présence de cristaux d’acide urique/goutte).
Le liquide synovial prélevé dans l’espace articulaire est examiné au microscope (aspect, GB, mise en culture…).
Les principales indications de la ponction articulaire sont donc la suspicion d’arthrite septique, de goutte ou de chondrocalcinose.
Paramètres : | Valeurs normales : | Diagnostic différentiel : |
Aspect macroscopique | Clair, visqueux | Trouble : inflammation ou infection
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Globules blancs | < 2 000/mm³ | Arthrose > 50 000 = infection bactérienne
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Cristaux d’urate | Absents | Goutte
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Cristaux de pyrophosphate | Absents | Arthrite à pyrophosphate de calcium (anciennement chondrocalcinose ou pseudogoutte).
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Imagerie médicale : Quel examen choisir selon la pathologie ?
Radiographie standard :
La radiographie standard est l’examen de premier recours pour analyser les anomalies osseuses. Elle est surtout indiquée en cas de :
- Douleurs articulaires chroniques.
- Suspicion de fractures traumatiques ou pathologiques (tumorales, septiques…).
- Déformation (dysplasie de la hanche).
- Érosions osseuses.
- Calcifications
La radio peut être réalisée sans contrainte (standard) ou en position forcée (sollicitation de l’articulation lésée).
En revanche, elle ne montre pas les tissus mous (muscles, bourses, ligaments, tendons, nerfs).
Échographie :
L’échographie est principalement utilisée pour identifier l’inflammation intra et périarticulaire, les déchirures ou l’inflammation des tendons.
Elle permet donc de détecter précocement les épanchements articulaires ou les synovites.
Elle est aussi indiquée dans le suivi des arthrites inflammatoires (polyarthrite, spondylarthrite).
Et, parce qu’elle est moins coûteuse et sans rayonnements, c’est une bonne alternative à la TDM et à l’IRM.
Scanner et scintigraphie osseuse :
- Le Scanner est indiqué en cas de fractures complexes ou d’ostéonécrose ou quand l’IRM est déconseillée (exposition aux rayonnements). Il permet d’obtenir des images plus fines de l’os.
- La scintigraphie permet de rechercher des foyers inflammatoires diffus, une infection osseuse, des métastases ou de diagnostiquer une fracture que les autres examens, y compris l’IRM, n’ont pas mis en évidence. En revanche, si elle révèle un problème osseux, elle ne peut en spécifier la nature (fracture, tumeur, infection…).
IRM (Imagerie par Résonance Magnétique) :
L’IRM est surtout utile pour étudier les muscles, les ligaments et les tendons.
Elle est particulièrement intéressante en cas de doute diagnostique (lésions tendineuses, cartilage), et est plus efficace que le scanner pour détecter certaines anomalies osseuses comme les petites fractures de la hanche et du bassin.
Elle est indiquée en cas de douleurs persistantes avec radiographie normale, en cas de rupture d’un ligament ou d’un tendon principal ou de lésions des structures internes principales de l’articulation du genou.
L’IRM ne doit pas être systématique et est souvent surutilisée.
Divers :
L’arthrographie :
Elle peut être utile pour visualiser certaines structures, comme les ligaments intra-articulaires (lésions ligamentaires, fragments cartilagineux). Aujourd’hui, elle est remplacée par l’IRM.
L’absorptiométrie double énergie à rayons X :
Il s’agit de la méthode la plus précise pour évaluer la densité osseuse.
L’absorptiométrie à rayons X à double énergie (DEXA) est surtout indiquée lors du dépistage ou du diagnostic de l’ostéopénie, et de son évolution vers l’ostéoporose, mais elle permet aussi de mesurer l’efficacité du traitement et de prédire le risque de fracture.
Pertinence du choix de l’imagerie en fonction de l’élément anatomique du système musculosquelettique atteint :
Radiographie | Échographie | Scanner | Arthro- scanner | IRM | |
Tissus mous superficiels | Calcification / tuméfaction | +++++ | ++ | ++ | +++ |
Tissus mous profonds | Calcification | ++ | ++ | ++ | +++++ |
Os | +++ | +++++ | +++++ | ||
Moelle osseuse | ++ | ++ | +++++ | ||
Cartilage | ++ (indirect) | ++ (indirect) | +++++ (direct) | +++ | |
Ménisque / labrum | Calcification | + | Calcification | +++++ | ++++ |
Moelle épinière | ++ (indirect) | +++++ (direct) |
Red Flags : Quand orienter vers une prise en charge urgente ?
Les Red Flags ou drapeaux rouges sont des signaux d’alarme qu’il faut dépister lors votre interrogatoire. Ce sont des signes d’urgence qui nécessitent une hospitalisation immédiate. Ils permettent aussi de vous orienter vers les examens à réaliser.
Les principaux Red Flags sont :
- La suspicion d’arthrite septique : fièvre + articulation inflammatoire aiguë.
- Une douleur brutale avec impotence fonctionnelle, évocatrice d’une fracture ou d’une ostéonécrose.
- Une douleur persistante malgré le traitement, associée à une altération de l’état général, qui peut faire suspecter une pathologie tumorale.
- Le syndrome de la queue de cheval : douleurs spinales et des jambes avec symptômes neurologiques et troubles vésicaux/intestinaux.
- La compression médullaire métastatique : douleur rachidienne avec irradiation en bande.
- L’infection spinale : douleur rachidienne + fièvre + symptômes neurologiques.
- L’artérite à cellules géantes : céphalées d’apparition récente chez les plus de 50 ans avec claudication de la mâchoire.
- La luxation fémoro-tibiale.
Recommandations et stratégies de prise en charge selon la pathologie :
Hypothèse diagnostique : | Examens recommandés : | Traitement de 1ère ligne : |
Arthrose | Radiographie | Paracétamol, AINS Activité physique adaptée Kinésithérapie |
Polyarthrite rhumatoïde | Examen clinique CRP, VS, FR, anti-CPP Radiographie ou échographie, IRM, ponction articulaire.
| ARMM (antirhumatismaux modificateurs de la maladie) : – Conventionnels de synthèse (méthotrexate), – Biologiques (inhibiteurs du facteur de nécrose tumorale) – Synthétiques ciblés (tofacitinib).
AINS Corticoïdes
Kinésithérapie, ergothérapie, parfois chirurgie. Mesures hygiéno-diététiques.
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Goutte | Dosage acide urique + ferritine, bilan métabolique, fonction rénale.
Radiographie Ponction articulaire.
| Colchicine, AINS. Glaçage, paracétamol, naproxène/corticoïdes ou colchicine,
Forcer la diurèse Infiltration (si mono-arthrite / grosse articulation).
Traitement à instaurer dans les 24h + mesures hygiéno-diététiques.
Bilan cardiovasculaire. |
Arthrite septique | Ponction articulaire Hémocultures | Antibiothérapie IV. |
Rhumatisme à cristaux de pyrophosphate de calcium
(Anciennement chondrocalcinose) | Examen clinique (différentiel avec l’arthrite septique)
NFS, CRP + bilan étiologique (ferritine, Mg, Ca, PAL, TSH)
Ponction articulaire | Traitement symptomatique :
Repos, glaçage AINS ou colchicine.
Parfois, corticothérapie orale en cas de comorbidités, ou ponction évacuatrice +/- infiltration de corticoïdes.
Si atteinte chronique : – AINS ou colchicine – Corticothérapie faible dose – Méthotrexate. |
Spondylarthrite ankylosante | Examen clinique + critères diagnostiques + comorbidités
Bilan biologique (NFS, VS, CRP, glycémie, bilan lipidique) +
Radiographies et IRM des sacro-iliaques. | Suivi spécialisé en rhumato
Traitement des comorbidités.
AINS Physiologie, kinésithérapie, ergothérapie, appareillage.
Éducation thérapeutique.
Mesures hygiéno-diététiques : poids, alimentation, tabac, activités physiques. |
Pour conclure...
Nous venons de le voir, 93% des Français ont souffert d’une douleur articulaire à un moment donné de leur vie.
Si sur le papier traiter la douleur semble simple, diagnostiquer sa cause ne l’est pas forcément, du fait des nombreuses pathologies qui peuvent la déclencher.
Or, cette étape est fondamentale pour la soulager durablement et efficacement, et éviter les complications.
Le diagnostic repose avant tout sur votre examen clinique, qui doit être le plus minutieux possible.
En cas de doute, vous pouvez vous tourner vers les examens complémentaires ciblés.
Si la radiographie est l’examen d’imagerie de première intention, elle peut ne pas suffire.
Dans ce cas, vous pouvez recourir à d’autres examens, tels que l’échographie ou l’IRM, en respectant les recommandations HAS et G4.
Vous pouvez aussi vous inscrire à l’une de nos actions de DPC dédiées aux douleurs articulaires ou aux troubles musculosquelettiques, pour actualiser vos connaissances et améliorer vos compétences.
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Sources :
HAS
Santé.gouv.fr
Améli
Inserm