L’essentiel en un coup d’œil :
- Prévalence : En France, une femme menstruée sur 10 souffre d’endométriose, impactant significativement leur qualité de vie.
- Nature de la maladie : L’endométriose est une affection gynécologique chronique où le tissu semblable à la muqueuse utérine se développe en dehors de l’utérus, provoquant des lésions.
- Symptômes : Les douleurs pelviennes et l’infertilité sont les symptômes les plus courants, mais d’autres peuvent varier selon l’organe touché.
- Stratégie de dépistage : En 2022, le ministère de la Santé a proposé une stratégie intégrant la recherche médicale, incluant un test salivaire diagnostique.
- Importance de la détection : Un diagnostic précoce est crucial pour la prise en charge et l’amélioration de la qualité de vie des femmes atteintes.
Le saviez-vous ?
En France, on considère qu’une femme menstruée sur 10 souffre d’endométriose.
L’endométriose est une affection gynécologique inflammatoire et chronique, qui se manifeste par la présence de tissu semblable à la muqueuse utérine, en dehors de l’utérus. Elle provoque des lésions et différents symptômes plus ou moins invalidants selon l’organe voisin touché.
Vies professionnelle, familiale et sexuelle perturbées, fatigue chronique, douleur persistante, peur de l’infertilité, cette maladie, longtemps ignorée et sous-diagnostiquée, peut vite peser lourd dans la qualité de vie des femmes qui en sont atteintes.
Face à ce constat et à cette errance médicale, le ministère de la Santé a proposé une stratégie de lutte contre l’endométriose en 2022.
Elle repose sur la recherche médicale et, notamment un test salivaire à visée diagnostique, mais aussi sur une meilleure prise en charge de la douleur et une implication plus large des médecins de ville et scolaires dans le dépistage précoce de la maladie.
Mais, qu’est-ce que l’endométriose et comment peut-on la diagnostiquer ?
C’est ce que nous verrons dans cet article.
Qu'est-ce que l'Endométriose ?
L’endométriose est une maladie oestrogéno-dépendante qui se manifeste chez les femmes en âge de procréer et qui régresse à la ménopause.
Lors d’un cycle menstruel normal, après l’ovulation, la muqueuse utérine s’épaissit en vue d’une éventuelle nidation. Si aucun ovule n’est fécondé, s’ensuivent les menstruations.
Dans l’endométriose, des fragments de tissu endométrial, comprenant des glandes et du stroma, migrent en dehors de la cavité utérine, et viennent se déposer sur d’autres organes de l’abdomen, entraînant une réaction inflammatoire, des lésions et des cicatrices.
Ces lésions ayant les mêmes caractéristiques que la muqueuse utérine, elles réagissent de la même manière qu’elle, sous l’action des œstrogènes : elles grossissent et saignent à chaque cycle menstruel.
Focus sur la « théorie de la régurgitation » (ou de l’implantation), mise en avant dans le mécanisme d’apparition de l’endométriose :
Durant les menstruations, une partie du sang est « régurgité » dans les trompes sous l’effet des contractions utérines.
De là, le sang s’écoule dans la cavité abdomino-pelvienne.
Les cellules endométriales, contenues dans le sang, vont s’implanter au lieu d’être détruites par le système immunitaire, puis prolifèreront sur les organes voisins comme le péritoine, l’ovaire, l’intestin, la vessie ou encore le diaphragme, sous l’effet des stimulations hormonales suivantes.
Symptômes courants de l’endométriose :
Les deux symptômes les plus fréquemment rencontrés sont : l’infertilité et la douleur pelvienne.
La douleur peut également être présente durant les menstruations (dysménorrhée), au cours des rapports sexuels (dyspareunie), ou être moins typiques : douleur rénale, douleur de type sciatique, douleur à la marche…
D’autres symptômes peuvent être observés et dépendront de l’organe atteint par les lésions :
Lésions : | Symptômes : |
Urètre | Dysurie : douleur et gêne lors de la miction. |
Vessie | Hématurie : sang dans les urines. |
Rectum : | Dyschésie : douleur lors de la défécation. Ténesme : tension douloureuse du sphincter anal. Traces de sang lors de l’émission de selles. |
Enfin, la fatigue chronique et le bien-être émotionnel ne doivent pas être négligés.
Zoom sur l’intestin irritable :
Très fréquemment associé à l’endométriose, le syndrome de l’intestin irritable (SII), qui se caractérise par des douleurs abdominales, des troubles du transit, et des ballonnements, majore l’inconfort, au cours de la seconde moitié du cycle menstruel, où l’abdomen est déjà gonflé.
Ce « gonflement » du ventre, appelé « endobelly », rappelle celui d’une femme enceinte, et peut être à l’origine d’une souffrance psychologique dont il faudra tenir compte, chez la femme infertile.
Le diagnostic de l’endométriose :
Examen clinique initial :
Les professionnels de premier recours dans la détection et le diagnostic de l’endométriose sont les médecins généralistes, les sage-femmes, et, les gynécologues.
Recueil de l’histoire médicale :
En premier lieu, le médecin procédera à un interrogatoire complet relevant :
- Les symptômes,
- Leur date de début,
- Leur évolution,
- Leur répercussion sur le quotidien, mais aussi
- Les antécédents médicaux,
- La date des premières menstruations et
- La durée des cycles.
En effet, la précocité des menstruations et des cycles menstruels courts sont considérés comme des facteurs de risque.
Il évaluera aussi la douleur à l’aide d’échelles reconnues, et procédera à un examen clinique, basé sur la palpation, pour détecter d’éventuelles masses ou anomalies dans la région pelvienne.
Examens complémentaires :
En cas de doute, des examens complémentaires pourront être prescrits, dont les deux principaux sont :
- L’échographie abdomino-pelvienne par voie endovaginale, qui permet de visualiser les kystes ovariens ou les lésions d’endométriose, et
- L’IRM, qui permet une évaluation plus détaillée des tissus et des organes pelviens, et qui définit le nombre et l’emplacement des lésions d’endomé
Malheureusement, ces deux examens peuvent revenir négatifs ou être non concluants, notamment en cas de lésions superficielles.
Des méthodes d’investigations supplémentaires seront alors nécessaires pour affiner le diagnostic, comme le scanner par exemple.
Focus sur le Ziwig Endotest® salivaire :
Créé en 2022 à partir des travaux du Pr Bendifallah, il s’agit d’un kit d’auto-prélèvement qui permet de caractériser l’expression de plusieurs biomarqueurs à visée diagnostique.
Cet examen de biologie médicale complexe fait appel à un séquençage haut débit et à l’utilisation d’un algorithme conçu par intelligence artificielle, et est donc réalisé par un laboratoire spécialisé.
À l’heure actuelle, le Ziwig Endotest® est utilisé en 3ème ligne, dans certains cas :
- Échographie endovaginale et IRM peu concluantes
- Échec du traitement antidouleur
- Désir de grossesse
- Avant la réalisation d’une cœlioscopie à visée diagnostique.
L’Endotest® est pris en charge dans le cadre du forfait Innovation.
La cœlioscopie :
Du fait de son caractère invasif, elle n’est plus envisagée que dans les cas complexes où le bilan d’imagerie de référence est négatif (ou incertain) et, si l’Endotest® est positif.
Difficultés diagnostiques :
Diagnostiquer l’endométriose peut se heurter à quelques difficultés, notamment face à la diversité des symptômes non spécifiques qu’elle peut engendrer, et au manque de sensibilisation sur la maladie.
Par ailleurs, elle peut parfois être indolore ou n’induire que des difficultés de procréation, qui ne sont pas d’emblée associées à l’endométriose.
Dans ce cas, une chirurgie pourra être nécessaire, et la laparoscopie est l’une des méthodes de référence pour diagnostiquer la maladie.
En effet, elle permet de visualiser et traiter les lésions, mais aussi de réaliser une biopsie afin de confirmer l’histologique de l’endométriose.
Pour finir, il est primordial d’établir le(s) diagnostic(s) différentiel(s), plusieurs pathologies peuvant présenter des symptômes similaires : infection pelvienne, fibrome utérin, SII…
Évolution de la Maladie :
Nous l’avons vu, l’endométriose se développe au fil des cycles menstruels, durant lesquels les lésions prolifèrent, saignent et laissent des cicatrices fibreuses.
Grâce au traitement, les symptômes diminuent et les lésions régressent. Néanmoins, certaines complications peuvent apparaître comme une infertilité, des adhérences, des douleurs chroniques et, même un pneumothorax en cas de lésions au niveau de la plèvre.
Pour prévenir ces complications potentielles, il est nécessaire de poursuivre un suivi régulier.
Quand consulter un médecin ?
En présence de signes d’alerte comme des douleurs pelviennes persistantes ou des douleurs menstruelles invalidantes, il est impératif de consulter un médecin.
De la même manière, face à des difficultés à concevoir, et dans le cadre du bilan d’infertilité, l’endométriose doit être écartée avant de proposer les solutions habituelles.
Les symptômes variant en fonction des patientes et des stades de la maladie, le lien avec l’endométriose peut être difficile à établir, donc quel que soit le symptôme que vous présentez, n’hésitez pas à consulter votre médecin traitant.
En effet, le médecin généraliste joue un rôle capital dans la détection précoce de l’endométriose.
Il est donc tout aussi important qu’il soit formé pour pouvoir agir rapidement et efficacement.
Différentes solutions de formation continue sur le sujet sont proposées par les organismes dédiés.
Il est donc tout à fait possible de compléter sa formation initiale avec des actions de DPC en lien avec cette maladie, et de remplir par la même son obligation triennale en étant indemnisé.
Quel traitement envisageable après le diagnostic ?
Prise en charge chirurgicale des lésions :
La chirurgie sera envisagée en cas de douleur, d’infertilité, de projet de FIV ou si les organes sont en souffrance.
Les interventions mini-invasives par cœlioscopie ou par assistance robotique seront privilégiées, afin de limiter les adhérences et faciliter le post-opératoire.
Ces interventions consistent à détruire les lésions, par coagulation ou vaporisation au laser, ou à les retirer (exérèse).
En cas des lésions implantées sur des organes fonctionnels comme la vessie ou le colon, une intervention plus complexe peut être nécessaire.
Elle devra toutefois être réalisée par des chirurgiens experts de l’endométriose, après concertation avec les différents spécialistes concernés : gynéco-obstétricien, urologue, chirurgien digestif, etc.
En cas d’endométriose profonde ou étendue, une laparotomie peut être être indiquée.
Après l’opération, un traitement hormonal est prescrit, en l’absence de désir de grossesse, pour réduire le risque de récidive douloureuse.
À noter que l’intervention peut aussi permettre de faire le point sur l’étendue et la nature des lésions d’endométriose.
Le traitement médical de l’endométriose :
Le traitement sera adapté à la symptomatologie et au stade de la maladie :
- En l’absence de symptômes, une surveillance régulière suffit pour évaluer l’évolution de la maladie.
- Dans les autres situations, un traitement hormonal et un traitement antalgique peuvent être mis en place.
Le traitement hormonal de l’endométriose :
Il s’agit du traitement de première intention.
Il consiste à prescrire une contraception oestro-progéstative en continu afin de supprimer les menstruations, et avec elles, les saignements au niveau des lésions, qui régresseront, ainsi que les douleurs.
Le traitement des douleurs :
Les douleurs sont essentiellement dues au processus inflammatoire, et à l’irritation des terminaisons nerveuses.
Pour les atténuer, des antalgiques seront prescrits par paliers, selon leur efficacité : paracétamol, anti-inflammatoires non stéroïdiens (pas plus de 5 jours), antiépileptiques ou encore antidépresseurs.
Nous, l’avons vu, le SII est fréquemment associé à l’endométriose, et n’est donc pas à négliger : une approche diététique peut être proposée.
Enfin, des thérapies complémentaires, comme l’acupuncture, l’ostéopathie, le yoga ou l’hypnose, peuvent améliorer la qualité de vie et lutter contre la douleur.
Suivi des patientes après le diagnostic :
Une fois le diagnostic posé, un suivi régulier est indiqué jusqu’à la ménopause, qui signe l’arrêt des menstruations.
Il permet de surveiller l’évolution de la maladie, de faire le point sur la prise en charge, d’évaluer l’efficacité et la tolérance des traitements, et de le réajuster le cas échéant.
En dehors de ce suivi, si vous présentez des symptômes inhabituels (reprise des douleurs, troubles urinaires…), n’hésitez pas à consulter votre médecin référent.
Zoom sur les outils numériques dédiés :
Des applications mobiles ou plateformes en ligne (2), mises au point par des équipes médicales et des patientes expertes, peuvent être utilisées comme support, tout au long de la maladie.
Parmi celles-ci, on retrouve : Follow Métrios, My S Life, NoEndo, Apaisia, mais aussi :
L’algorithme DEVA : qui est basé sur un questionnaire (1), qui permet de détecter les formes moyennes à sévères de cette maladie avec une spécificité de 98 %.
LUNA : qui est une application mobile très complète, semblable à un carnet de santé numérique, qui permet de centraliser les documents médicaux, de renseigner les symptômes, et qui propose des quizz et de nombreuses informations médicales. L’application propose également un outil de dépistage validé scientifiquement et certifié CE, le LunaEndoScore ®.
Pour conclure...
Nous l’avons, l’endométriose touche entre 1,5 et 2,5 millions de femmes en âge de procréer.
Si les lésions peuvent parfois être silencieuses, elles peuvent aussi causer des douleurs pelviennes intenses ou chroniques, et des problèmes de fertilité.
D’autres symptômes, dépendant de l’organe touché par l’endométriose, peuvent dominer et entraîner un retard de diagnostic, aujourd’hui estimé à 7 ans.Alors, en cas de doute, n’ignorez pas vos symptômes et consultez rapidement votre médecin, car une détection précoce des lésions permet de mettre en place un traitement personnalisé, et vous permettra de retrouver une qualité de vie optimale.
Que pensez-vous du dépistage de l’endométriose ?
Avez-vous des questions au sujet de cette maladie ?
Que conseilleriez-vous aux femmes qui en souffrent ?
Enfin, si cet article vous a plu, n’hésitez pas à le partager à vos collègues ou à vos proches.
Pour en savoir plus, n’hésitez pas à consulter notre catalogue de formations DPC.