L’essentiel en un coup d’œil :
- Fréquence et impact : Plus de 80 % des Français souffriront de lombalgie au cours de leur vie, avec un risque de complications ou de chronicité en cas de mauvaise prise en charge.
- Types et symptômes : La lombalgie peut être mécanique, inflammatoire ou associée à une douleur radiculaire, chacune ayant des caractéristiques distinctes (douleur au repos, irradiation, raideur matinale…).
- Prise en charge recommandée : L’activité physique adaptée est privilégiée ; les AINS restent les seuls médicaments de premier recours, tandis que les opioïdes et relaxants musculaires sont déconseillés depuis 2023.
- Approches complémentaires : Physiothérapie, exercices spécifiques (yoga, Pilates), acupuncture et thérapies cognitivo-comportementales aident à prévenir la chronicité et améliorer la qualité de vie.
- Prévention essentielle : L’éducation du patient, des conseils ergonomiques et la gestion du stress sont indispensables pour éviter récidives et arrêts de travail prolongés.
Le saviez-vous ?
La lombalgie, communément appelée « lumbago » ou « tour de rein », est l’un des troubles musculosquelettiques les plus répandus dans le monde.
En France, plus de 8 Français sur 10 en seront affectés un jour ou l’autre, et 7% de vos consultations concernent ce mal de dos qui, s’il guérit généralement spontanément, peut aussi se compliquer ou évoluer vers la chronicité quand il est pris à la légère, mal diagnostiqué ou mal traité.
Dans la majorité des cas, la lombalgie est commune et sans signes d’alerte particuliers.
En revanche, la présence de certains indicateurs doit vous pousser à rechercher une cause sous-jacente, plus sérieuse.
Par ailleurs, s’il existe plusieurs cofacteurs susceptibles de majorer la douleur ou d’impacter le quotidien de votre patient, comme une dépression, un stress intense, des mauvaises habitudes de vie, la sédentarité ou la pénibilité au travail, tenez en compte pour adapter et personnaliser les soins, et accompagner et soulager votre patient sur le long terme.
Alors, quels sont les symptômes de la lombalgie et quelles sont les dernières recommandations à son sujet ?
C’est ce que nous verrons ci-après.
Symptômes et diagnostic différentiel de la lombalgie :
Les principaux signes sont la douleur localisée ou irradiée (sciatique), la raideur matinale qui limite l’amplitude des mouvements et la flexibilité, et la difficulté à bouger.
Mais, ils varient surtout en fonction de la cause sous-jacente.
On peut retrouver les caractéristiques des douleurs mécaniques, inflammatoires ou neuropathiques :
- Douleurs sourdes.
- Douleurs irradiantes, de type brûlures avec engourdissement et picotement.
- Spasmes musculaires et sensation d’oppression dans le bas du dos, le bassin et les hanches.
- Douleurs aiguës en coup de poignard.
- Douleur qui s’aggrave après une position assise ou debout prolongée.
- Difficulté à se tenir debout, à marcher ou à passer de la station debout à assis.
- Faiblesse musculaire et fatigue.
Elle peut aussi être diagnostiquée en fonction de son mode de survenue et de sa durée.
Lombalgie mécanique | Lombalgie inflammatoire | Lombalgie avec douleur radiculaire | |
Caractéristiques : | Douleur axiale. Varie en fonction du mouvement effectué (avant, arrière, torsion…), de l’activité et de la position (debout, assise, couchée). Localisation : bas du dos, fesses, haut de l’arrière des cuisses. Aggravée par le port de charge. | Début progressif et insidieux. Douleur et raideur aggravée au repos. Apparait surtout la nuit et tôt le matin. Épisodes de réveil nocturne, notamment aux changements de position, dérouillage matinal. Amélioration par l’activité physique, l’exercice et les AINS. Évolution vers la chronicité. | Peut suivre le trajet de la racine nerveuse : irradiation jusque dans la fesse ou dans la jambe. Douleur aiguë, décharge électrique, de type brûlure, et parfois engourdissement ou faiblesse (sciatique). Touche généralement un seul côté du corps. Aggravée par le port de charges, les efforts ou les changements de position. |
Liée aux : – Os autour de la colonne vertébrale – Muscles – Ligaments – Articulations (disques, articulations facettaires, sacro-iliaques). | Touche surtout les jeunes. | Liée à la compression ou à l’inflammation d’une racine nerveuse. |
Signes d’alerte nécessitant une prise en charge urgente :
Certains signes nécessitent de consulter sans tarder. Il s’agit de la fièvre, la perte de poids inexpliquée, les troubles sphinctériens (queue de cheval) …
Diagnostic différentiel :
Cette étape est importante pour écarter les pathologies qui présentent des symptômes similaires, mais aussi pour affiner votre diagnostic, et déceler les pathologies graves, qui nécessitent une prise en charge rapide, telles que les infections (spondylodiscite), les cancers, les fractures ostéoporotiques ou métastasiques…
Approche diagnostique en cabinet :
L’approche diagnostique au cabinet est essentiellement centrée sur :
L’anamnèse détaillée :
L’anamnèse doit être détaillée mais surtout ciblée. Elle reprend l’histoire de la maladie, les antécédents médicaux, chirurgicaux et familiaux, les traitements, le mode vie, les activités, la vie familiale et socio-professionnelle, l’état émotionnel, l’alimentation… mais aussi l’histoire de la douleur, son mode d’apparition, son mode d’évolution, ce qui la soulage, ce qui l’aggrave…
L’examen clinique :
Il permet de confirmer ou de préciser le type de douleur.
Vous examinez votre patient, palpez les points douloureux et évaluez sa mobilité.
En cas de suspicion de radiculopathie, différents tests peuvent vous aiguiller :
- La manœuvre de Lasègue (ou SLR : Straight-Leg-Raising),
- Le Bowstring Test (ou signe de la corde de l’arc),
- Le Test de Braggard (dorsiflexion de la cheville),
- Le Test de Léri (Femoral Stretch Test) : à la recherche du signe de Christodoulides,
- Le Slump Test.
Les examens complémentaires :
Ils sont envisagés en cas de lombalgie subaiguë, et prescrits en cas de lombalgies chroniques. Les principaux sont :
- Les examens par imagerie : radiographie, TDM ou IRM.
- Les analyses biologiques (CRP, VS) en cas de suspicion inflammatoire.
À noter que du fait du vieillissement physiologique, il est normal d’observer un pincement modéré ou une protrusion discale chez les patients de 50 ans et plus.
Prise en charge clinique de la lombalgie :
Dans la plupart des cas, la lombalgie régresse spontanément, sans séquelle.
En revanche, elle peut récidiver sans prévenir et sans raison apparente.
Pour la traiter, et prévenir les complications ou les rechutes, différentes solutions peuvent être recommandées et/ou prescrites.
Les traitements :
En cas d’inflammation, le traitement de première intention repose sur les analgésiques de type AINS, prescrits sur une courte durée. Aujourd’hui, ce sont les seuls médicaments recommandés.
Depuis 2023, les autres médicaments comme les opioïdes, les benzodiazépines, les antidépresseurs, les anticonvulsivants, les relaxants musculaires, les préparations à base de cannabis et le paracétamol (acétaminophène) ont été écartés des recommandations de premier recours.
Et, à l’exception du poivre de Cayenne topique (capsicum), aucun remède à base de plantes ne doit être conseillé.
Les AINS seront associés à des exercices physiques.
Les options non médicamenteuses :
S’il y a quelques années encore, le mal de dos était logiquement associé au repos strict, les recommandations actuelles l’excluent, surtout de manière prolongée, et prônent plutôt la reprise rapide d’une activité physique modérée et adaptée.
On privilégie également la physiothérapie, et notamment les étirements et le renforcement des muscles paravertébraux.
La rééducation post-aiguë :
Il existe certains programmes spécifiques tels que le Pilates, le yoga, les thérapies aquatiques, destinés à prévenir la chronicité. N’hésitez pas à les recommander à vos patients.
Les traitements complémentaires :
Certaines solutions complémentaires peuvent également contribuer au soulagement de vos patients. Parmi les plus efficaces, on retrouve :
- Les techniques de relaxation, dont les TCC, pour les patients qui souffrent de troubles anxieux.
- L’acupuncture ou les massages thérapeutiques, notamment en cas de douleur chronique.
Cas nécessitant une orientation spécialisée :
Le choix du traitement de la lombalgie dépend de la nature de la douleur et du caractère spécifique ou commun de la lombalgie.
En cas de hernie sévère, d’instabilité vertébrale, de suspicion d’inflammation ou de tumeur, vous orientez votre patient vers un spécialiste.
À noter qu’on estime que 1 à 2% de la population bénéficiera d’une chirurgie lombaire à un moment ou à un autre.
Prévention : rôle clé du médecin généraliste :
Éducation du patient :
Elle sera axée sur la posture et la reprise d’une activité physique régulière.
Conseils ergonomiques :
Ces recommandations seront assorties de conseils ergonomiques à appliquer :
- Au travail : ajustement des postures ou du poste, pauses régulières.
- Au quotidien : utilisation de matériel adapté comme des coussins lombaires, par exemple.
Exercices spécifiques :
La pratique progressive et régulière d’exercices favorise la récupération et prévient les rechutes. Votre patient devra impérativement intégrer :
- Les étirements doux pour maintenir la souplesse.
- Le renforcement des muscles de la ceinture abdominale.
L’hygiène de vie :
Une modification du mode de vie et du régime alimentaire est parfois nécessaire pour :
- Maintenir un poids santé et réduire la charge sur les lombaires.
- Réduire le stress grâce à des techniques de gestion émotionnelle (sophrologie, technique de relaxation progressive de Jacobson, cohérence cardiaque, perfusion aromatique cutanée avec une huile essentielle apaisante, méditation…).
Aspects psychologiques de la lombalgie chronique :
Lien entre douleur chronique et santé mentale :
Nous l’avons vu, il existe un lien direct entre une douleur persistante, l’anxiété, et la dépression. Il est impératif d’en tenir compte, et d’adapter la prise en charge en fonction de la présence ou non des croyances qui peuvent exister autour de la douleur.
N’hésitez pas à diriger votre patient vers un psychiatre, un psychologue clinicien ou un thérapeute si besoin est.
Approches thérapeutiques douleur :
Certaines techniques complémentaires peuvent améliorer la prise en charge et la qualité de vie de vos patients :
- Les thérapies cognitivo-comportementales (TCC) pour moduler la perception de la douleur.
- Le soutien psychologique en complément des traitements classiques.
- L’hypnose.
Pour conclure...
Si dans la majorité des cas, la lombalgie disparait en quelques semaines, elle nécessite une évaluation ciblée pour adapter le traitement, et éviter les complications ou l’évolution vers la chronicité.
Pour éviter que ce problème de santé publique ne s’amplifie, et ne pèse sur la qualité de vie de vos patients, mais aussi sur les entreprises et la Société, vous pouvez agir en amont, en adoptant une approche préventive, et en initiant une prise en charge multidisciplinaire et collaborative.
Pour cela, encouragez vos patients à vous consulter dès les signes avant-coureurs, sensibilisez-les aux gestes à adopter au quotidien, et orientez-les vers le médecin du travail, un de vos confrères spécialistes, un kinésithérapeute, une diététicienne ou encore un thérapeute, s’ils ne savent pas par où commencer.
Et vous, comment prenez-vous en charge vos patients lombalgiques ?
Avez-vous des conseils à partager avec vos collègues ?
Enfin, si vous avez trouvé cet article utile, pensez à le transmettre autour de vous.
Pour en savoir plus sur la lombalgie et ses causes, cliquez sur le lien !
Sources :
HAS
Vidal
Améli