L’essentiel en un coup d’œil :
- Prévalence élevée : 87 % des maladies professionnelles déclarées en France sont des troubles musculosquelettiques (TMS), impactant 3 travailleurs sur 5.
- Causes principales : Facteurs biomécaniques (gestes répétitifs, postures inadaptées), environnementaux (froid, vibrations), organisationnels (cadences excessives) et psychosociaux (stress, insatisfaction).
- Symptômes et évolution : Douleurs, raideurs, picotements et gêne fonctionnelle, pouvant évoluer vers la chronicité si non pris en charge rapidement.
- Prise en charge efficace : Approche multidisciplinaire avec traitements médicamenteux (AINS, antalgiques), kinésithérapie, adaptation ergonomique au travail et exercices spécifiques.
- Prévention indispensable : Sensibilisation des patients, ergonomie des postes de travail, pauses actives et collaboration avec la médecine du travail pour limiter les récidives.
Le saviez-vous ?
Parce qu’en France, près de 9O% des maladies professionnelles concernent un trouble musculosquelettique (TMS), ils sont inscrits au tableau des maladies professionnelles indemnisables.
Ces affections musculosquelettiques, qui touchent 3 salariés sur 5, sont considérées comme des pathologies d’hypersollicitation.
Or, entre les douleurs, les raideurs, la perte de force musculaire ou la simple maladresse, il n’est pas toujours simple de s’y retrouver ou de relier spontanément ces signes à un TMS.
Et, progressivement, ils s’aggravent, et finissent par peser non seulement sur la qualité de vie de ces travailleurs souvent pointés du doigt, mais aussi sur l’entreprise qui les emploie, et sur les Finances Publiques.
Si les troubles musculosquelettiques sont surtout liés aux conditions de travail, quel qu’il soit, d’autres critères, qu’il faut prendre en compte, influent aussi sur leur survenue tels que les facteurs personnels ou les activités extra-professionnelles comme le jardinage, le bricolage ou le sport.
En tant que médecin généraliste, vous avez un rôle majeur à jouer dans le dépistage et la prise en charge de ce problème de santé au travail, devenu un problème de santé publique.
Mais, qu’est-ce qu’un TMS, et comment pouvez-vous agir pour le traiter et le prévenir efficacement ?
C’est ce que nous verrons ci-après.
Comprendre les TMS : définition, causes et impact :
Définition et zones touchées :
Les troubles musculosquelettiques regroupent les différentes atteintes des tissus mous périarticulaires : muscles, tendons et gaines tendineuses, ligaments, nerfs, cartilages, bourses séreuses, vaisseaux sanguins …
Ils sont essentiellement dus à un déséquilibre entre les capacités physiques du corps et les sollicitations et/ou contraintes auxquelles il est soumis.
S’ils surviennent surtout progressivement, à force de contraintes extrêmes et répétées sur l’articulation affectée, il peut arriver que les TMS apparaissent brutalement.
À noter que sur le plan fonctionnel, il est admis que les positions de référence sont les suivantes :
- La tête et le dos sont droits
- Le coude est à 90°
- La main et l’avant-bras sont alignés
- La main est en pronation à 30° par rapport à la verticale.
Au-delà de ces amplitudes de « prédisposition », le TMS peut s’installer.
Les zones touchées :
Localisation / incidence : | Exemples d’affection : |
Poignets, mains, doigts : 38% | Syndromes du canal carpien ou de la loge de Guyon Tendinites des fléchisseurs et des extenseurs Maladie de De Quervain (pouce) Syndrome de Raynaud Syndrome du marteau Hypothénar |
Épaules : 30% | Tendinopathie de la coiffe des rotateurs Tendinite du sus-épineux |
Coudes : 22% | Épicondylite latérale Épitrochléite (épicondylite médiale) Hygroma Syndrome de tunnel cubital (ou ulnaire) |
Bas du dos : 7% | Lombalgies |
Genoux : 2% | Hygroma Bursite Paralysie des muscles releveurs du pieds |
Nuque : | Syndrome tensionnel de la nuque (travail sur les écrans) |
Pieds : | Tendon d’Achille (répétition flexions/extensions de la cheville) |
Causes principales :
Les TMS se caractérisent principalement par des douleurs et une gêne fonctionnelle. Parmi les facteurs les favorisant, on retrouve les facteurs biomécaniques et environnementaux, les facteurs organisationnels et les facteurs psychosociaux, résumés dans le tableau suivant :
Facteurs : | Exemples : |
Biomécaniques :
Environnementaux : (Ils aggravent les contraintes biomécaniques). | Gestes répétitifs Manutention manuelle Postures inconfortables (étirement/compression des structures) Posture prolongée ou statique Mouvements de force : sursollicitation (poids de l’objet) Pressions mécaniques sur le corps par les objets extérieurs, chocs, vibrations, mauvais éclairage, bruit, froid… |
Organisationnels : (Conditions de travail) | Problème organisationnel et environnemental : cadence insoutenable, absence de pauses, gestion inadaptée des horaires, consignes peu claires… |
Psychosociaux : (Relations et rapport au travail) | Stress chronique Pression ou mauvaise ambiance Manque de reconnaissance Faible soutien social Insatisfaction (tâches monotones) Insécurité de l’emploi |
Facteurs individuels : | Âge : vieillissement physiologique des tissus mous. État de santé : diabète, hypothyroïdie, rhumatisme inflammatoire, surpoids et obésité, immunosuppression, fatigue… État psychologique : dépression, anxiété … |
Impact des TMS pour les patients et les entreprises :
Non détectés et non traités, les TMS impactent la qualité de vie du malade.
À la souffrance physique, peut s’ajouter la souffrance morale si le malade culpabilise, si son handicap pèse sur l’entourage ou s’il craint d’être jugé.
Il peut aussi cacher ses symptômes pour ne pas perdre son emploi, et aggraver son état, parfois de manière irréversible.
Quand il n’est pas pris à temps, le TMS peut aussi impacter l’entreprise : baisse de productivité, absentéisme, blessures au travail, arrêts de travail prolongés, maladie professionnelle, invalidité …
Statistiques clés :
- Les TMS représentent 87 % des maladies professionnelles déclarées en France.
- Ils sont la première cause d’indemnisation pour maladie professionnelle.
- Le nombre de personnes souffrant de TMS augmente de 20 % dans le monde.
- 20 % des accidents du travail concernent la dorsalgie.
- Près de 60% des femmes et plus de 50% des hommes déclarent souffrir de TMS (lombaire et épaule).
Identifier les TMS : symptômes et diagnostic différentiel
Symptômes typiques :
Les TMS se manifestent essentiellement par des symptômes communs tels que les douleurs musculaires, les raideurs, les picotements et les engourdissements.
En règle générale, ils apparaissent progressivement.
On peut les classer selon 3 niveaux :
- Palier 1 : les symptômes sont déclenchés par l’activité, et calmés par le repos.
- Palier 2 : ils apparaissent rapidement pendant l’activité, et disparaissent peu à peu avec le repos.
- Palier 3 : les symptômes sont chroniques et persistants, que ce soit au repos ou durant une activité.
Signes cliniques d’alerte :
Les signes critiques sont :
- Les douleurs persistantes malgré le repos (niveau 3).
- La limitation fonctionnelle significative ou l’apparition de déformations.
Tableau récapitulatif d’identification des TMS :
Types de tissus mous : | Causes : | Signes : |
Muscles : | Mouvements de force | Myalgies Syndrome des fibres de Cendrillon |
Nerfs | Compression | Canal carpien (poignet), guyon, tunnel cubital (coude) |
Tendons | Force de traction exercée par les muscles
Frottements et compressions contre les tissus adjacents | Tendinopathies
Syndrome de la coiffe des rotateurs
Épicondylite latérale ou médiale
Maladie de De Quervain |
Vaisseaux | Compression des gros vaisseaux
Fermeture temporaire des capillaires : froid, vibration… | Syndrome du défilé cervico-thoracique
Syndrome de Raynaud Syndrome des doigts blancs |
Diagnostic différentiel :
Il est important d’établir le diagnostic différentiel pour éviter les erreurs, les retards de prise en charge, et l’aggravation de l’affection musculosquelettique.
D’autant plus qu’il n’est pas rare de confondre le TMS avec d’autres pathologies telles que l’arthrite, l’arthrose ou certaines neuropathies.
Pour vous aider dans votre diagnostic, n’hésitez pas à utiliser les outils cliniques mis à votre disposition, et à compléter votre formation initiale par une action de DPC ciblée.
Examens complémentaires :
En cas de doute, vous pouvez aussi recourir aux examens complémentaires tels que :
- Les examens d’imagerie : radiographie, IRM ou scanner pour évaluer les lésions mécaniques.
- Les analyses biologiques pour identifier une composante inflammatoire, infectieuse ou auto-immune.
Rôle des médecins généralistes dans la gestion des TMS
Sensibilisation des patients :
En premier lieu, votre mission consiste à identifier les patients à risque (travailleurs manuels, employés sédentaires).
Puis, à les conseiller et les guider vers les bonnes pratiques à adopter, et les accompagner tout au long du processus de guérison : ergonomie, pauses actives, activité physique, écoute active …
Suivi personnalisé :
Une fois le TMS identifié et traité, vous intégrez les recommandations pratiques actualisées dans votre consultation, et notamment :
- Les exercices spécifiques d’étirement et de renforcement.
- La gestion du stress pour limiter les tensions musculaires.
Orientation vers des spécialistes :
Dans les cas complexes, n’hésitez pas à initier une prise en charge collaborative avec une équipe spécialisée : confrères spécialistes, médecine du travail, kinésithérapeutes, coachs sportifs (Activité Physique Adaptée), ergothérapeutes, infirmiers …
Prévenir les TMS : conseils pratiques pour les patients :
Pour agir préventivement et efficacement sur les TMS, vos recommandations porteront essentiellement sur :
L’amélioration de l’ergonomie au travail :
Il s’agit surtout de :
- L’ajustement des postes de travail : bureaux réglables, sièges ergonomiques.
- L’utilisation d’équipements adaptés : repose-poignets, supports d’écran.
L’ergonomie doit impérativement être physique, cognitive et organisationnelle.
La promotion des pauses actives et des exercices physiques :
Les exercices à recommander en première intention, sont les :
- Étirements réguliers, pour soulager les tensions (à intégrer durant les pauses).
- Activités telles que le yoga, le Pilates ou la natation.
L’adoption de nouvelles technologies :
N’hésitez pas à diriger votre patient ou à collaborer avec le médecin du travail, afin d’encourager l’entreprise à se moderniser, et à adopter les nouvelles technologies telles que les robots collaboratifs, pour réduire les charges physiques et préserver les employés.
Vous pouvez également conseiller les applications pour surveiller les postures, telle que LEA, qui :
- Détecte les positions des articulations,
- Mesure les angulations de la nuque, des bras et du tronc par rapport à leur position de base, et
- Calcule les scores biomécaniques (RULA) inhérents aux contraintes du haut du corps.
Approches thérapeutiques : options disponibles pour les TMS
Traitements médicamenteux :
Parmi les traitements les plus fréquemment prescrits, on retrouve surtout les :
- Analgésiques (paracétamol) et AINS pour réduire la douleur et l’
- Myorelaxants pour diminuer les spasmes musculaires.
Traitements non médicamenteux :
Ils sont complétés par les approches non médicamenteuses telles que :
- La kinésithérapie : exercices de renforcement musculaire, thérapie manuelle.
- L’ergothérapie : adaptation des gestes et des équipements au quotidien.
Approches complémentaires et innovations :
D’autres approches encore, peuvent permettre d’agir sur les TMS. Il s’agit surtout des :
- Techniques de relaxation (TCC), acupuncture, massages thérapeutiques, hypnose.
- Thérapies plus innovantes comme l’injection de Plasma Riche en Plaquettes (PRP).
Gestion à long terme :
Pour agir sur les TMS au long cours, vous pouvez aussi orienter votre patient vers les programmes de rééducation afin de limiter les risques de récidives, et lui conseiller un retour progressif au travail avec des aménagements.
Impact psychologique des TMS et gestion associée :
Lien entre douleurs chroniques et santé mentale :
Il est aujourd’hui admis que les TMS ont un impact sur la sphère émotionnelle, et inversement.
En effet, le lien entre les douleurs chroniques et la santé mentale n’est plus à faire.
On sait que le stress, l’anxiété et la dépression peuvent aggraver les symptômes des TMS, et que les TMS influent sur l’état émotionnel voire majorent les troubles anxiodépressifs existants.
Il est donc primordial d’en tenir compte, et de les traiter conjointement si l’on veut agir positivement sur la résolution des TMS.
Approches thérapeutiques :
Par ailleurs, il existe tout un arsenal thérapeutique pour aider votre patient à aller mieux sur le plan émotionnel :
– Soutiens psychologiques classiques : relations d’aide, réassurances, séances de relaxation, TCC, cohérence cardiaque, respiration carrée.
– Approches moins conventionnelles : Mini-séances d’autohypnose aromatique avec des huiles essentielles apaisantes, à la méditation guidée, en passant par la visualisation créatrice ou amplifiée…
Chacun peut y trouver son compte, l’essentiel étant que votre patient se sente mieux et appréhende mieux sa souffrance ou son handicap.
Formation et ressources pour les généralistes :
Différents outils sont disponibles pour vous aiguiller dans votre diagnostic, dans la prise en charge et dans la prévention des TMS. Il s’agit surtout de :
La formation continue :
Participer à des formations DPC peut en effet, vous permettre de compléter votre formation initiale, d’actualiser vos connaissances, de vous approprier les nouveaux outils mis au point, d’assurer la qualité des soins, et d’agir préventivement sur les TMS.
Les outils diagnostiques :
Parmi les outils mis à votre disposition, les plus fréquemment recommandés sont :
- Les questionnaires validés comme le DASH (Disabilities of the Arm, Shoulder and Hand) ou le QuickDASH, et
- Les formations d’aide à l’identification des signaux d’alerte nécessitant une orientation spécialisée.
À noter que le questionnaire de type « nordique » (ou scandinave), principalement utilisé par le médecin du travail, est l’un des outils standardisés de référence pour évaluer les TMS.
Collaboration interdisciplinaire :
Enfin, la meilleure solution pour gérer efficacement les TMS est sans aucun doute celle qui consiste à agir en amont, c’est-à-dire au cœur de l’entreprise, et cela implique de collaborer étroitement avec les équipes de santé au travail, qui sont aux premières loges pour faire adapter le monde du travail à l’employé, et non plus l’inverse.
Pour conclure...
Si les TMS sont fréquents, la prévention permet d’en limiter l’impact tant sur votre patient, que sur l’entreprise et les Finances Publiques.
Pour cela, vous devez savoir les détecter, les diagnostiquer avec certitude, les prendre en charge efficacement, éduquer vos patients, et collaborer avec les médecins du travail, pour éviter leur aggravation ou leur récidive.
Si vous n’êtes pas sûr de vous y prendre correctement, n’hésitez pas à vous inscrire à une action de DPC pour compléter ou actualiser vos connaissances.
Que pensez-vous de cette mission préventive qui vous est confiée ?
Avez-vous l’habitude de collaborer avec la médecine du travail ?
Avez-vous des astuces pour préserver les articulations de vos patients ?
Enfin, si vous avez trouvé cet article utile, vous pouvez le partager autour de vous.
Sources :
HAS
Ministère du Travail
Améli