L’essentiel en un coup d’œil :
Définition et caractéristiques : L’érythème noueux est une hypodermite nodulaire inflammatoire, marquée par des nodules rouges, douloureux et fermes, principalement localisés sur les tibias.
Symptômes associés : Fièvre, douleurs articulaires, fatigue et œdèmes peuvent accompagner les nodules, avec une régression spontanée des lésions en 2 à 6 semaines.
Causes possibles : Infections (bactériennes, virales, parasitaires), maladies auto-immunes (sarcoïdose, MICI), médicaments (antibiotiques, contraceptifs) ou grossesse. Dans 50 % des cas, aucune cause n’est identifiée.
Diagnostic : Repose sur l’examen clinique et la palpation des nodules, complété par des analyses pour identifier d’éventuelles pathologies sous-jacentes.
Traitements : Repos, soins locaux, anti-inflammatoires et traitement de la cause identifiée (infections, maladies systémiques). Les corticoïdes sont réservés aux cas graves.
Le saviez-vous ?
Certaines affections cutanées se ressemblent au premier regard, mais nécessitent un diagnostic précis pour éviter une prise en charge inadaptée.
C’est le cas de l’érythème noueux, une hypodermite inflammatoire caractérisée par des nodules rouges, douloureux et sensibles, le plus souvent localisés sur les jambes.
Pour replacer cette démarche dans une approche globale de dermatologie en médecine générale, consultez notre guide complet.
Dans cet article, nous faisons le point sur la définition de l’érythème noueux, ses causes possibles, ses symptômes, son diagnostic différentiel et les traitements à connaître.
Qu'est-ce que l'érythème noueux ?
Définition de l’érythème noueux :
L’érythème noueux est une hypodermite nodulaire semblable à une panniculite, quand elle ne touche que l’hypoderme.
Comme son nom l’indique, il provoque des nodules inflammatoires hypodermiques douloureux.
Ces renflements sont fermes, mobiles sous la peau et sensibles à la palpation.
Les lésions peuvent être rougeâtres, violacées, et même être de couleur normale.
S’il touche principalement les jambes, et surtout les tibias, l’érythème noueux peut aussi se manifester sur d’autres régions du corps comme les bras, par exemple.
L’érythème noueux apparait avec un déclencheur.
Comment se manifeste l’érythème noueux ? :
Les nodules de l’érythème noueux, aussi appelés nouures, siègent généralement sur la face antérieure des tibias.
Toutefois, ils peuvent aussi être localisés aux endroits riches en graisses sous-cutanées comme les cuisses, les bras ou le visage.
Au fur et à mesure qu’elles apparaissent et régressent, ces nouures peuvent ressembler à des ecchymoses ou à des contusions, et passer par les mêmes colorimétries qu’elles : rose, puis rouge ou violet, et brun-bleuté pour finir.
Elles peuvent être œdémateuses et impliquer une chaleur locale associée à une sensibilité exacerbée au toucher.
Les nodules mesurent de 1 à 4 cm en moyenne.
Habituellement, les symptômes régressent en 2 à 6 semaines, et n’entrainent normalement pas de séquelles.
L’érythème noueux est souvent précédé ou accompagné de fièvre, d’arthralgies (plus particulièrement au niveau des chevilles et des genoux), d’adénopathies et de douleur intense, notamment à la marche quand elle touche les membres inférieurs.
La mobilité des malades qui en sont atteints peut donc être limitée.
Quelles sont les causes les plus fréquentes de l’érythème noueux ?
L’érythème noueux fait partie des pathologies cutanées courantes qui nécessitent une analyse clinique rigoureuse.
S’il peut être associé à une autre maladie ou être consécutif à une réaction à un médicament, dans la moitié des cas, la cause de l’érythème noueux reste inconnue.
Cependant, l’érythème noueux peut être dû à une :
Une infection :
Une infection mobilise le système immunitaire pour défendre l’organisme contre l’agent pathogène en cause.
Une infection, par la réaction immunitaire qu’elle induit, peut provoquer une poussée érythémateuse.
Il s’agit même de la cause connue la plus fréquemment retrouvée.
Parmi les infections les plus régulièrement associées à l’érythème noueux, on retrouve :
- Les infections bactériennes : Streptocoques (surtout chez l’enfant), tuberculose, Chlamydia, Syphilis, Salmonelle, Yersinia, Lèpre, mycoplasme …
- Les infections à rickettsies.
- Les infections virales : Hépatites B et C, VIH, Epstein-Barr (EBV).
- Les infections parasitaires ou fongiques : Histoplasmose, toxoplasmose, kérion, taeniasis …
Une maladie auto-immune et inflammatoire :
L’érythème noueux est également associé à certaines maladies auto-immunes et inflammatoires comme :
- Une maladie inflammatoire systémique : Sarcoïdose,
- Une MICI (Maladie Inflammatoire Chronique de l’Intestin) : maladie de Crohn, rectocolite hémorragique…
- Une diverticulose,
- Un Lupus,
- Une polyarthrite rhumatoïde.
Une réaction à un médicament :
Il peut aussi être dû à une réaction à un médicament pris, et notamment les :
- Antibiotiques, sulfamides,
- Contraceptifs (œstrogènes),
- Anti-inflammatoires,
- Iodures,
- Bromures,
- Oméprazole.
La grossesse, la maladie de Behçet, qui est une vascularite, ou encore certains cancers solides ou hématologiques, comme le Lymphome ou la maladie de Hodgkin, peuvent aussi provoquer un érythème noueux.
Quand l’érythème noueux est considéré comme un symptôme immunitaire :
Comme vous le savez, le système immunitaire réagit à la présence de certains déclencheurs.
Par exemple, quand l’organisme doit contrer un déclencheur, parfois la réponse immunitaire peut être inadaptée ou disproportionnée et, entraîner des effets indésirables.
Dans certaines maladies auto-immunes ou certaines infections, le système immunitaire peut donc surréagir et provoquer différents symptômes, comme l’érythème noueux, qui est alors considéré comme un symptôme immunitaire.
À noter d’ailleurs que l’hypothèse de la cause immunologique et génétique est de plus en plus régulièrement soulevée et étudiée en regard des pathologies sous-jacentes qui sont fréquemment associées à cette affection cutanée.
Quels sont les symptômes d'une poussée d'érythème noueux ?
En règle générale, on observe une « phase pré-érythémateuse », une « phase érythémateuse » et une « phase de rémission ».
Durant la phase pré-érythémateuse, certains symptômes généraux peuvent apparaître 3 à 4 jours avant l’apparition des nouures, parmi lesquels :
- Un état subfébrile à fébrile avec des températures allant de 38 à 39 °C,
- Des douleurs articulaires et musculaires, et
- Une fatigue inhabituelle.
Durant la phase érythémateuse, les nodules et lésions érythémateuses sèches, apparaissent au niveau des tibias, dans la très grande majorité des cas. Ils peuvent également siéger au niveau des cuisses, des fesses, des bras, et même au niveau du visage.
Ces nodules ressemblent à des petites « boules » de graisse, qui se forment dans les couches profondes de la peau.
L’érythème est parfois accompagné d’œdème des membres inférieurs.
Durant la phase de « rémission », les nodules régressent spontanément les uns après les autres ; les lésions changent de couleur et s’estompent progressivement.
Si une légère hyperpigmentation résiduelle peut parfois persister, dans la plupart des cas, les nouures disparaissent sans laisser de cicatrices.
Comment se déroule le diagnostic de l'érythème noueux ?
Le diagnostic est essentiellement basé sur la palpation des nodules.
L’interrogatoire :
L’interrogatoire est indispensable pour relever les symptômes et pour déterminer l’existence d’une cause sous-jacente : présence de nouures, de fièvre, de douleurs articulaires ou musculaires, de fatigue, de diarrhées, de douleurs abdominales, d’une toux, etc.
Il doit également permettre de connaître le contexte d’apparition des symptômes, les traitements médicamenteux en cours ou récemment pris, les pathologies en cours, les antécédents médicaux, familiaux et infectieux …
L’examen clinique :
L’examen clinique doit être minutieux et approfondi.
Dans ce cas précis, la palpation des nodules est plus déterminante que l’inspection des lésions.
Les nodules, souvent révélateurs de la maladie, doivent être bien délimités, fermes, sensibles à la palpation, bilatéraux, possiblement asymétriques, et ne doivent pas excédés 5 cm de diamètre.
Les éventuels signes systémiques seront ensuite recherchés : gonflements articulaires ou adénopathies réactionnelles ou satellites, associées aux maladies auto-immunes ou infectieuses.
Les examens associés :
Des examens complémentaires peuvent également être réalisés comme :
- Une radio du thorax ou un scanner thoracique (à la recherche d’adénopathies typiques de la sarcoïdose par exemple),
- Un dosage des anticorps antistreptolysine O en série ou une culture pharyngée,
- Un test cutané pour la tuberculose,
- Des explorations digestives en cas de suspicion de MICI : analyse des selles, coloscopie …
- Des analyses sanguines pour évaluer les paramètres suivants :
- Marqueurs inflammatoires (VS, CRP) ;
- NFS complète, et notamment le dosage des leucocytes (en cas de maladie systémique, on retrouve une hyperleucocytose et une élévation des neutrophiles), mais aussi transaminases, sérodiagnostique streptococcique, ANA (anticorps antinucléaires) …
- Une biopsie incisionnelle en coin peut également être nécessaire pour confirmer le diagnostic ou la présence de panniculite septale associée à une réaction granulomateuse non spécifique.
Diagnostic différentiel :
Le diagnostic différentiel est important pour exclure d’autres affections comme la cellulite infectieuse, une thrombophlébite ou encore un lupus, afin de proposer le traitement le plus adapté.
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Quels traitements sont recommandés pour l'érythème noueux ?
Le traitement est avant tout fonction des symptômes et de la cause.
En premier lieu, il conviendra de :
- Traiter les pathologies sous-jacentes identifiées : infection, maladie systémique…
- Arrêter les médicaments suspectés dans la survenue de l’érythème,
- Recommander le repos,
- Mettre en place des soins de support : surélévation des membres inférieurs, application de compresses froides, chaussettes de contention…
Médicaments recommandés :
Ensuite, on pourra recourir aux traitements médicamenteux, et notamment :
- Les antalgiques et les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) pour soulager la douleur : Ibuprofène, naproxène…
- Les comprimés d’iodure de potassium moins fréquemment prescrits : ils permettent de réduire l’inflammation.
- Les corticoïdes, dans les cas les plus sévères, surtout si une maladie auto-immune est associée. Ils seront toutefois donnés en dernier recours pour éviter l’aggravation d’une infection déclarée ou suspectée.
- Les antibiotiques, tels que la pénicilline ou une céphalosporine seront prescrits en cas d’infection à streptocoques. D’autres antibiotiques pourront également être recommandés en fonction de l’infection responsable de la poussée érythémateuse.
Pourquoi et comment l'érythème noueux peut-il récidiver ?
Comme indiqué plus haut, l’érythème noueux apparait avec un déclencheur comme des infections répétées, une grossesse mais aussi les maladies auto-immunes et systémiques.
Les maladies inflammatoires comme la sarcoïdose ou la maladie de Crohn, par leur caractère chronique, peuvent donc entraîner des récidives.
L’érythème noueux peut récidiver environ 7 mois plus tard, dans 1 cas sur 5. En règle générale, il n’y a pas plus de 2 récidives.
Dans ces cas, un protocole personnalisé et adapté à chaque patient devra être mis en place pour limiter ces épisodes récidivants.
Un suivi médical régulier est donc indispensable.
Suivi et gestion à long terme de l'érythème noueux
Suivi médical régulier :
Le suivi médical est d’autant plus important que surveiller l’évolution de la maladie, permet non seulement de prévenir les récidives, surtout si l’érythème noueux est associé à une pathologie sous-jacente qui peut être stabilisée, mais il permet surtout d’ajuster et d’adapter les traitements et les soins en fonction des symptômes.
Il est d’ailleurs capital de consulter son médecin traitant dès les premiers signes annonciateurs ou dès l’apparition des lésions suspectes.
C’est l’unique condition pour que le diagnostic soit posé rapidement et que la prise en charge personnalisée débute sans tarder.
Pour conclure...
Pour conclure, l’érythème noueux est une affection cutanée inflammatoire qui impose de rechercher une cause sous-jacente : infection, maladie inflammatoire, médicament, grossesse ou pathologie systémique.
En médecine générale, l’enjeu est de reconnaître les nodules, d’identifier les signes associés, de demander les examens utiles et d’orienter si nécessaire.
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